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26/10/2022

Les épaves singulières de La Hague signées Gwezenneg

J.G. Gwezenneg, 18 septembre 2022 à Bricquebec, dans le Cotentin.


« J.-G. Gwezenneg est l’un des plus singuliers artistes de notre époque », écrit Christophe Dauphin dans le numéro des « Hommes sans Épaules » qu’il a consacré aux poètes normands et qui est illustré par les oeuvres du peintre glaneur d’épaves de La Hague. 


Normand, Gwezenneg? « D’adoption et de coeur, de tripe et d’os, de tout bois et de silex, de poésie et d’embruns ». Car ce grand peintre, « le plus grand peintre normand », est en réalité breton, né à Rennes en 1941 et installé dans le Cotentin au début des années 70. Son atelier se situe à la sortie ouest de Cherbourg à l’entrée de La Hague.


En arrivant dans ce pays qu’il n’a plus quitté depuis, il commence à glaner sur les grèves et à confectionner ses premiers reliquaires de mer. Comme il l’explique lui-même:


« Je travaille sur des matériaux cassés, usés, que je fais revivre. Ce sont des morceaux qui ont eu une histoire plus ou moins ancienne. Je réécris ma propre histoire dessus. Tous les éléments viennent de la mer. Ce choix n’a pas été conscient au départ. Le mystère est lié à la vie et à la mort. Ces fragments, je leur redonne vie. Je les réécris. C’est le travail des secrètions palimpsestes. J’ai besoin d’un matériau qui a eu une histoire. Peut-être cela évoluera-t-il? »


L’oeuvre de Gwezenneg reflète la puissance du pays haguais et son imaginaire farouche. Une oeuvre impressionnante, qui se joue sans arrêt entre la vie et la mort.


"Le reliquaire des sardines"


"L'envol des oiseaux morts"


"Cyclope astre d'arac'hs!"


"Le cercle de l'oiseau mort"



"Le cerveau étoilé dans tous ses os"



"L'homme sans épaules"



"Le cri du safran aux aurochs blancs". BS et JGG.



Revue "Les Hommes sans Épaules", n° 52, deuxième semestre 2021

www.leshommessanepaules.com


Lire aussi: J.G. Gwezenneg le glaneur d’épaves de La Hague, http://brunosourdin.blogspot.com



10/12/2021

J.G. Gwezenneg le glaneur d’épaves de La Hague


J.G. Gwezenneg est un des artistes les plus originaux et les plus secrets du Cotentin. Il utilise essentiellement des objets de récupération. Il s’intéresse surtout « à tous ces éléments qui ont été travaillés et transformés par la mer. La mer les a enrichis et moi je ramasse tout le temps. » Jamais de déchets, jamais de détritus, mais les épaves qu’il recueille sur le littoral, ainsi que des ossements d’animaux qu’il trouve dans les dunes ou les chemins creux de la presqu’île.


La Hague est le pays de coeur de ce Breton né à Rennes en 1941. Il y vit depuis plus de 50 ans et y est devenu un véritable « épaveur ». Son oeuvre est authentiquement haguaise. Elle reflète la puissance de ce pays et son imaginaire farouche.


A l’ouest de Cherbourg, La Hague est un pays rugueux  et fort, sauvage: de grandes falaises qui dévalent vers la mer, un pays iodé battu par les flots, fouetté par les vents, un littoral semé de rochers qui hurlent avec les tempêtes, une langue qui claque et martèle, rude comme le granit, mais qui peut aussi être douce et caressante pour chanter le printemps et le renouveau. 


Le grand poète de La Hague se nomme Côtis-Capel (1). Il a écrit, en langue normande, une oeuvre capitale. Né en 1915 dans une famille de pêcheurs, « fils de la Hague et plus pauvre que tous (fis d’la Hague et pus pouor qué touos l’s âotes) ». En classe de 3e, un prof l’humilia en jetant à la poubelle un poème qu’il avait écrit en français. Il se jura de n’écrire désormais qu’en normand, sa langue maternelle. Toute sa vie il sera comme cela: un écorché-vif et un homme de caractère. Et un homme de foi. Ordonné prêtre, il réalise son grand rêve, en 1950, en devenant prêtre marin-pêcheur et en embarquant comme matelot sur un chalutier. Une vocation unique. Dans son oeuvre poétique, la mer est omniprésente. « J’rariv’ de r’vei la mé. J’li coum’ tinse à brachie » (Je rentre de revoir la mer. Je l’ai comme tenue embrassée), écrit-il dans un poème célèbre.


Tous ses livres ont emprunté leur titre au vocabulaire maritime. Son premier grand recueil, en 1965, s’intitule « A  Gravage ». Aller à gravage, c’est ramasser sur la grève ce que la mer a rejeté. C’est ce que les Haguards entreprennent depuis toujours. C’est justement ce que réalise J.G. Gwezenneg depuis qu’il a installé son atelier à Teurthéville-Hague au début des années 70: il travaille à marée basse sur l’estran (« le pllan », comme on dit en normand), il collecte toutes sortes de matériaux qui ont été broyés et ont macéré pendant des lustres dans l’eau de mer. « Ces éléments étaient voués à la destruction totale, dit-il. Je donne une deuxième vie à ce qui allait mourir. »

Le thème de la mort est sans cesse présent dans cette oeuvre en perpétuelle gestation. « Tout mon travail, affirme-t-il, se joue sans arrêt entre la vie et la mort. »


Le peintre de La Hague dans son atelier au Poutrael.






En 50 ans, il a composé une oeuvre impressionnante. Il est à la fois peintre, graveur et sculpteur. Ses dessins à la plume, d’abord, sont extrêmement minutieux. Ils figurent un monde de cellules qui s’imbriquent et se développent à l’infini. Dans un sens, Gwezenneg le miniaturiste a raison lorsqu’il dit qu’il « organise le chaos avec beaucoup de rigueur ». 


Ses dessins figurent sur des bois récupérés en forme de totems, de croix ou de barques. Sa « Barque des morts » est une oeuvre centrale. Elle provient d’une épave qui a été broyée par des paquets de mer dans le Raz Blanchard, le courant extrêmement puissant situé entre la pointe la Hague et l'île anglo-normande d’Aurigny, à l'entrée du passage de la Déroute. L’épave est venue s’échouer sur les galets de la pointe de Goury et l’artiste haguais a beaucoup travaillé sur les fragments de ce grand bateau éclaté.


Sur ces bois récupérés, Gwezenneg dessine donc des formes étranges, des proliférations minutieuses, ce qu’il appelle, dans son langage fort, des « sécrétions» (qu’il écrit d’ailleurs avec un accent grave sur le deuxième « e »). Concrétions, sécrétions, créations. On pense à toutes les matières qui sortent du corps, sécrétions des larmes, sécrétions de la salive, sécrétions de la bile… C’est également un rappel des fils de soie qui composent les toiles d’araignées, que l’artiste protège et laisse proliférer depuis des années dans sa maison de Teurthéville.



"Manteau calciné des sécrètions"


Ses couleurs, il les fabrique lui-même « à partir de terres broyées », des terres ocres rouges, ocres vertes, roses ou bleutées comme la pierre du pays. De ses escapades dans la campagne, il a ramené des milliers d’os de mulots ou de lapins. Il a récupéré des pelotes de chouettes dans les clochers des villages alentour. Sans parler des crapauds momifiés, des crânes de chats, des petits animaux séchés du bocage normand.


Tout cela va constituer un univers envoûtant, recueilli dans des reliquaires ou des assemblages d’ossements et de bois marins récupérés. Pour redonner vie à ce monde en décomposition, il est important que les mots entrent en scène. Les titres des oeuvres sont choisis soigneusement. C’est un prolongement poétique indispensable. Les mulot deviennent des Lutoms, les araignées des Arach’s, les balais des Albias… Ainsi ces quelques titres, glanés au fil des ans: « Fenêtre sécrétions des Arac’hs blancs »; « Arac’hs sécrètions des os engloutis »; « Feuillet du mangeur d’Arac’hs »; « L’oiseau de la Tour des Lutoms »; « Regards de la haute tour des Lutoms »; « Le tombeau des Albias »; « Le regard surgissant du Bois des nuits »; « Rêveries et errances autour des barques-épaves d’Hague en sécrètions»…


"Les Arac'hs à la bouche de Lainps".


Le travail de l’artiste haguais est un exutoire. Hanté par la mort, il cherche à la conjurer et on n’entre pas sans violence dans cette bonne nuit. Mais il faut lire aussi son oeuvre comme un hymne à la vie. Un combat qu’il livre sans relâche entre mort et résurrection.  C’est la magie Gwezenneg. Sa passion est d’être porteur de vie.


Bruno SOURDIN


(1) Côtis-Capel est le nom de plume d’Albert Lohier, né à Urville-Nacqueville en 1915 et mort à Cherbourg en 1986. Il est considéré comme un des poètes les plus inspirés de la langue normande. La Hague, la mer et le métier de la pêche sont au centre de son oeuvre.





                                                      Photo Jean-Yves DESFOUX.


HAGUE

à J.G. Gwezenneg


Ici c’est le pays des sécrétions

Dans le port de Goury qui est comme un nid d’ossements et de bois flottés

passe et repasse la barque des morts

Si enragé d’être dans La Hague

Après l’écume la chute dans la cendre des bûchers

Flots flammes glaives des falaises de Gréville

Gémissements des dunes de Biville

Pas un seul linceul Baie d’Écalgrain aux étraves broyées

ni derrière le Nez de Jobourg trop érodé pour y dresser nos totems

Ici c’est le royaume de la grande faucheuse mais ce qui manque surtout

c’est la gaité des étoiles

Les chouettes ont la colère des noyés

Une voix récitait ce vers de Dylan Thomas

« N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit » 

et c’était toi

Ensemble nous avons tremblé et nous restions parfois des heures

à prendre le pouls des marées

Sept heures du soir

On n’entend plus s’échouer le pilleur d’épaves

Viens vite

Dans la tour nos tambours résonnent et si l’océan ressuscite ses ouragans

nous lui dirons

« Est-ce ainsi que tu trouves l’apaisement? »

Rien n’est plus obscur au monde que la blessure de ces rochers

Aujourd’hui je ne pense plus guère à ce pays que comme un astre

à la chute du soir.


Bruno SOURDIN.





Article et poème parus dans la revue "Les Hommes sans Épaules", n° 52, deuxième semestre 2021. Un numéro consacré aux poètes normands et illustré par les oeuvres du grand artiste haguais.


www.leshommessansepaules.com



















18/12/2018

Côtis-Capel, chaluteur d'âmes et poète normand



Côtis-Capel, marin-pêcheur à bord du "Mimi Charlot" dans les années 50.

Sa langue est magnifique. Inégalable. Côtis-Capel est un grand poète de langue normande; les spécialistes disent même : le plus grand. "Aucune naiveté, aucun régionalisme, la dureté de l'existence est en filigrane dans sa poésie", souligne Christophe Dauphin dans son anthologie des poètes de Normandie, Riverains des falaises (aux Editions Clarisse).

Albert Lohier est né dans La Hague en 1915, à Urville-Nacqueville, dans une famille de pêcheurs. Fils de la Hague et plus pauvre que tous (fis d'la Hague et pus pouor qué touos l's âotes). 
Il signe ses livres du nom de Côtis-Capel. Côtis est le surnom qu’il avait gardé de son enfance. On les appelait, lui et les membres de sa famille, "les P’tis Côtis" (en langue normande, les côtis désignent des petites collines de fougères qui descendent vers la mer). Ils habitaient le hameau Capel. En classe de 3e, un prof l’humilia en jetant à la poubelle un poème qu’il avait écrit en français. Il se jura de n’écrire désormais qu’en normand, sa langue maternelle.

Ordonné prêtre, il est aumônier de la Jeunesse ouvrière chrétienne à Cherbourg sous l’Occupation, puis, en 1950, réalise son grand rêve, en devenant prêtre ouvrier et en embarquant comme matelot sur le « Mimi Charlot ».

Grand reporter à Ouest-France, François Simon a bien connu ce "curieux abbé". Il en dresse ce beau portrait.


La mer était son église
Le « Va » s’en va. Et pour une fois, ce 24 avril 1951, un petit groupe de six personnes salue le départ en pêche du chalutier de Pierre Vimard, un de ces patrons grandcopais installés à Cherbourg.
Le pourquoi de cette cérémonie des au revoir au bout de la petite  jetée? La présence inédite d’un homme du bord. Un gars grand, maigre, timide, novice de 34 ans. Il s’appelle Albert Lohier. Il prend la mer pour la première fois. Il est - enfin – « inscrit maritime ». Et, qu’à Dieu ne plaise, curé dans le civil. Si l’on peut dire.

Un curé marin-pêcheur… Jamais encore il n’y en avait eu un à bord d’un bateau de pêche dans tous les ports français. Les prêtres-ouvriers, on connait. Des curés matelots au commerce aussi. Mais un homme d’Eglise sur le pont d’un chalutier, jamais encore. Eh bien voilà, c’est fait. 
Le premier c’est lui : Albert Lohier, né natif d’Urville dans la Hague, fils de marin-pêcheur pratiquant le petit métier.



L’homme a du tempérament et déjà de solides états de service. Pendant la guerre, jeune vicaire, il a mouillé sa soutane au service des requis du STO. Les années cinquante d’un monde qui bouge l’ont vu épauler les mouvements de jeunesse JOC et JAC (Jeunesse ouvrière et Jeunesse agricole chrétiennes). 
Et puis, il a pris le sillage de la Mission de la mer. Non, Albert n’a rien d’un curé de canton assigné à résidence. La foi qui brûle cet écorché vif est d’une toute autre nature. 

Cette mer qui entoure  de tous côtés sa pointe du Cotentin, il y sent le terrain propice d’une Eglise incarnée. Et il veut côtoyer ces hommes qui triment dessus, résistants à la peine et imperméables aux sermons du dimanche. Mais pas du haut d’une chaire du dimanche. Pas depuis le quai. A bord. En mer. Au milieu d’eux. Fraternellement et pour de bon : « Il ne faut pas que je joue au marin, se promet-il, il ne faut pas que j’arrête quand ça me fait plaisir. Il ne faut pas que je débarque l’hiver. »
Il va tenir parole et enquiller les marées. 

Peu à peu, celui que les matelots appellent encore « l’abbé » va devenir Albert. Car Albert travaille comme tout le monde. Albert souffre comme les autres. Albert parle le patois des matelots et pas le latin d’Eglise. Il a même laissé presque tomber son bréviaire. On ne le voit guère prier. Il ressemble à ses compagnons de labeur. Albert a froid aux mains et met du cœur à l’ouvrage. Albert fait son quart.

Et lui qui se rêvait un peu comme un missionnaire, va être évangélisé par le milieu. Il découvre la complexité humaine, la chaleur solidaire des hommes qui risquent leur peau à aller traquer un animal sauvage : « Ce métier, je l’aime », lâche-t-il le jour où le pape de Rome exige des prêtres au travail qu’ils reviennent au bercail et à leurs occupations. 
Albert Lohier est prié, comme les autres, de décapeler la vareuse et de renfiler la soutane. La mort dans l’âme, il se soumet. Il doit quitter le bord du  « Mimi-Charlot », un chalutier de pêche hauturière. Il a le mal de terre. Mais pour lui, hors du travail, point de salut. Albert Lohier, neuf années de navigation au compteur, s’occupera désormais de la gestion de Socopêche, la coopérative maritime du port cherbourgeois. 

L’honneur est sauf, même si le bonheur est brisé : « Il a obéi à son Eglise, il a aussi obéi à sa conscience », souligne Alain Le Doaré, le Douarneniste qui a soutenu une thèse de doctorat sur les prêtres marins. Et s’est particulièrement attelé aux multiples facettes de ce curé cherbourgeois, pionnier des embarqués, en avance d’une marée sur une Eglise qui n’allait pas tarder à ouvrir les vannes de Vatican II. 
Albert Lohier, curé pêcheur ? Prêtre ouvrier ? Chaluteur d’âmes ? Disons un curieux abbé converti à la mer par l’humanité navigante. Un chavirant mystère…

François SIMON.



« J’ai gardé le cap »
Une école porte son nom. Une médiathèque de La Hague aussi : dans le Cotentin, le nom d’Albert Lohier dit encore bien des choses. Trente-deux ans après sa mort (il a disparu en 1986), la figure de ce curé suscite encore de l’intérêt. Sans doute parce que, au-delà de son drôle de sacerdoce, Albert Lohier, a écrit. Quasiment que de la poésie. Et exclusivement en parler normand. Et superbement. Son œuvre signée du pseudonyme de Côtis-Capel (six ouvrages) est au programme des étudiants dialectologues de l’Université de Caen. Cet homme à plusieurs facettes méritait bien un livre. Charles Cerisier, son copain, prêtre comme lui, est allé fouiller dans les archives, a retrouvé les témoins d’une vie dense, active, militante et hors normes. J’ai gardé le cap  tente de faire le tour du bonhomme, le curé, le pêcheur, le poète et le militant d’un monde plus juste.
F.S.
(Editions Isoète, Cherbourg, 2008, avec un CD 16 titres)



Dans men prêchi

Coumbyin de feis m'assyisaut lenreit où hâot de la tablle
Coume hiyi coume à c'sei tenaut ma taête à pouégnie
J'érais vouli ichin dire dé dequei d'indîsablle
Et je restais en jé n'sais. Je viyais touot s'alouégni.

Je serai-t-i dire la maé, sa graudeu incriyable
La maé et sa couleu, la maé et sa biâotaé,
Ses surgettes trop malènes, ses colères immaniablles,
Itou sen calme-bllaunc et ses seiraées d'étaé.

Je sérai-t-i dire l'ouovrage des syins qui la travaâlent,
Lassaés enniés, en souen, berchis, haguis, secouaés,
Et touot lus corps ernaée, et lus mans en meindrâle,
Et le pllaisi dé reterri ampraés eune belle corvaée.

Je serai-t-i dire la terre, souvent p'saunte et si nâtre,
Qu'i fâot tréjouos souégni, qu'i fâot tréjouos dréchi,
Là que les pouores gens enhannent, là qu'i dâobent et qu'i s'vâtrent
Et la terre du renouvé, je serai-ti en prêchi?

Je serai-t-i dire la jouée quand eun éfaunt vyint de naître;
La jouée des syins qui s'aiment, la jouée des petiots jostaunt
La jouée d'en d'dauns du queue, je sérai-t-i la recounaître?
Et sousos le frount de la graund-mère, j'en verrai-t-i le restaunt?

Dauns men locei normaund pique ch'est ainchi qu'je prêche
J'guette d'eun bord et de l'âote et touot ne vyint coume i deit
Touot m'arrive en débord, touot s'mêle et touot se vouêche
Dauns le loceis dé tcheu nous, jé n'sis brin à l'étreit.

Côtis-Capel

(Note. Le prêchi c'est le parler ancestral, le parler normand (le locei normaund), le parler dé tcheu nous).


Les livres de Côtis-Capel

A Gravage,1965. Le recueil est sous-titré Poèmes en langue normande. Aller à gravage, c’est aller à la grève, c’est ramasser ce que la mer rejette. Dans Avaunt-drényire, Charlot, le vieux pêcheur (le vuus péqueus), préfigure Ganache, le personnage principal de l'oeuvre en prose qui sera publiée en 1987 à titre posthume.

Raz-Bannes, 1971. Les Raz-Bannes sont des rochers situés au large d'Urville. La mer est  la source d'inspiration principale de ce recueil. On a dit avec raison qu'elle était "l'âme soeur" du poète haguard.

Graund Câté, 1985. C'est le nom d’un rocher qui domine la mer à Gréville. Côtis-Capel exprime la vie quotidienne des pêcheurs et paysans de la Hague. Poète engagé, il s’insurge contre l’implantation des industries nucléaires dans la presqu'île du Cotentin et la construction, dans l'Arsenal de Cherbourg, de bateaux de guerre: "eun baté à ma, baté d'tueries, baté d'guerre" (un bateau de malheur, bateau de tueries, bateau de guerre). 


Les Côtis,1985. Sa biographie poétique. Prêtre, pêcheur et militant de la langue normande. Les 12 premiers poèmes sont biographiques. Ils balisent sa vie depuis l’enfance, l’école, la vocation, les études, l’embarquement, les gens, les ouvriers, les engagements politiques (au PS) et son combat pour la défense des Droits de l’homme (Amnesty international). "Ma vie comme un bateau".

Ganache le vuus péqueus,1987. Sa seule œuvre en prose. La Hague y est omniprésente. La misère de la vieillesse, le mutisme de Ganache, le stoïcisme des Haguards. Côtis-Capel y exprime sa fidélité à ses origines et son milieu, au monde de la pêche, à la pauvreté, à sa langue. Il a rassemblé ses souvenirs avec les pêcheurs d’Urville, « ce que j’ai ressenti moi-même en pratiquant le métier ». Une œuvre intime.