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07/12/2015

Stuart Merrill, de Long Island à la rue de Seine


Stuart Merrill


Oscar Wilde mourut le 30 novembre 1900 à Paris. Celui qui avait été le grand initiateur d’une génération, le très extravagant et scandaleux “King of life”, mourut , on le sait, comme un gueux. Pour suivre son convoi funèbre, ceux qui l’avaient encensé et fêté dix ans plus tôt dans les cercles littéraires parisiens lui avaient fait faux bond. Dans le dernier quartier des fidèles, il ne restait que Pierre Louÿs, Paul Fort, Stuart Merrill et quelques artistes anglais. Déjà en 1895, lorsque Wilde fut condamné à la prison et aux travaux forcés, Stuart Merrill fut le premier, en France, à voler à son secours. Mais la pétition qu’il avait fait circuler pour demander aux tribunaux anglais un peu de clémence ne recueillit aucun succès. Merrill en fut profondément affecté.

Stuart Merrill était un Américain de Long Island, comme Walt Whitman (qu’il vénérait et qu’il rencontra d’ailleurs une fois). Né en 1863. Un père conseiller à l’ambassade américaine de Paris. Une enfance sévère et puritaine. Des études à Paris au lycée Fontanes, aujourd’hui Condorcet.  Condisciple de Pierre Quillard, René Ghil, Ephraïm Mikhaël, André Fontainas. Des vers dans Le Décadent, où publiait aussi Verlaine. Subjugué par la parole magique de Mallarmé.

A vingt ans, il retourne en Amérique pour cinq ans. C’est un jeune homme robuste et solide. Dans ses Souvenirs du symbolisme, André Fontainas le décrit comme « un des hommes les plus beaux que j’ai rencontrés ». Il a horreur de l’injustice et déjà la haine du bourgeois. A New York, il s’engage aux côtés des socialistes et appelle de ses vœux la Révolution qui grondera sur le vieux monde. C’est un rebelle, un révolté. Il faut « à tout prix renverser un ordre de choses, qui, en étouffant toute joie, rendra bientôt impossible tout art ». Ces idées, il ne les reniera jamais.

Mais à New York, il se sentait en exil dans son propre pays. Son cœur était en France. Paris lui manquait infiniment, la vie nocturne, les cénacles littéraires, les amis, les confrères en symbolisme. En 1892, il quitta les Etats-Unis pour ne plus jamais y revenir. Il s’installa au 66, rue de Seine, puis au 53, quai Bourbon, 5e étage. La Seine coule à ses pieds. Il est heureux. Son appartement est ouvert presque chaque soir aux innombrables amis. « Toute la littérature de l’époque y passa », se souvient Paul Fort. Stuart Merrill y était « beau comme un demi-dieu, note Adolphe Retté, toujours débarqué la veille  d’un paquebot transatlantique ou prêt à prendre le train pour de vagues Allemagnes ». « De sa voix un peu lourde, nuancée d’un très léger accent plus britannique qu’américain, Merrill contait volontiers des histoires des histoires de mer et d’outre-mer », précise de son côté André Salmon.

Les cafés littéraires du Quartier Latin étaient son terrain de chasse favori : la Côte d’or, en face de l’Odéon, à l’angle de la rue Racine ; le Soleil d’or de la place Saint-Michel, où l’on allait prendre l’apéritif avec Verlaine ; l’Académie, rue Saint-Jacques, où Verlaine siégeait aussi. Il faisait partie de groupes à noms bizarres, retrouvait Paul Fort, Moréas et Salmon à la Coquerie, rue de la Gaieté, aux Deux-Magots, boulevard Saint-Germain. Devant un whisky ans soda, il parlait de poésie pendant des heures. Tout le monde le connaissait. Son premier recueil, Les Gammes, date de 1881.

Stuart Merrill est un décadent (puis un symboliste) de la première heure et il n’a jamais dévié d’un pouce de son modèle poétique. Avec les symbolistes, il partageait un idéal très élevé de la poésie : il fallait absolument s’éloigner du langage ordinaire, tendre vers la musique. Aux préraphaélites anglais, il emprunta la religion de la beauté. La poésie lui est, en effet, toujours apparue comme un acte sacré, « un mystère dont le lecteur doit chercher la clef ». Il est épris de symboles, de légendes et de perfections formelles, mais ses préoccupations sociales sont totalement absentes de ses poèmes. Pour lui, la poésie devait être un rêve au-dessus de la réalité. Il était évidemment plus proche de Verlaine que de Mallarmé, de Nerval que de Rimbaud. Au fil des ans, son œuvre évolue vers la simplicité et le naturel.

Dans son Credo, il a bien résumé sa vision : « Le poète doit être celui qui rappelle aux hommes l’idée éternelle de la beauté dissimulée sous les formes transitoires de la vie, il ne doit donc choisir, pour symboliser son idéal de beauté, que celles qui correspondant. Des formes de la vie imparfaite, il doit recréer la vie parfaite. » C’est ainsi que les symbolistes condamnaient les réalistes et les naturalistes, auxquels ils reprochaient de rester esclaves de la réalité. Ils rejetaient tout autant les Romantiques et les Parnassiens qui se contentaient, à leurs yeux, d’une beauté toute extérieure. Pour Merrill, seule la poésie symboliste pouvait prévaloir, « puisqu’elle n’emprunte à la vie que ce qu’elle offre d’éternel : le beau qui est signe du bien et du vrai. »

En revanche, Merrill ne s’est jamais intéressé au vers libre. Il était surtout préoccupé par la musicalité de ses vers. Autant que celle de Mallarmé et de Verlaine, la poésie de Swinburne l’avait durablement influencé. Swinburne, Keats et les préraphaélites anglais. La répétition des sons, le jeu des allitérations, le goût du refrain, des sonorités étranges : autant de recettes qui font l’originalité de ses vers et qui restent son apport à la poésie française de cette fin de siècle. C’est ce qu’il écrivait, en 1886, à son compatriote Francis Vielé-Griffin, qui était évidemment plus novateur que lui, mais qui le rejoignait dans sa passion pour le vers anglais : « Je ne suis pas le seul Américain qui essaie d’introduire dans l’alexandrin français un peu de la musique enchanteresse du vers anglais. Exprimer l’idée à l’aide de mots, suggérer l’émotion par la musique de ces mots, tel est, je pense, l’alpha et l’oméga de notre doctrine. »

La vraie patrie de ces deux Américains était la langue française, comme elle fut la patrie de la Polonaise Krysinska, du Grec Moréas, des Flamands Rodenbach, Maeterlinck et Verhaeren. « Nous devons être très fiers, écrivait Stuart Merrill en 1912, de pouvoir porter le titre d’écrivains français et … la France à son tour doit être fière d’avoir attiré de toutes les parties du monde, par le rayonnement de son génie, tant de poètes qui ne lui demandent que le droit d’écrire en son divin langage et l’honneur de verser pour elle, au besoin, le plus pur de leur sang. »

Merrill détestait l’école réaliste, « cette littérature vénale, stérile et terre à terre ». Cela ne l’empêchait pas, au quotidien, de toujours prendre le parti de la justice sociale. Ses contemporains disent tous sa générosité, sa passion pour la liberté, sa haine du nationalisme et du patriotisme, « un des instincts les plus dangereux de l’humanité ». Lorsqu’il s’agissait de défendre les opprimés, Noirs d’Amérique, grévistes de Belgique, anarchistes de Chicago… son nom ne manquait pas à l’appel. Stuart Merrill est toujours resté un idéaliste. Il avait dédié sa vie à la justice. Son œuvre resta, contre vents et marées, dédiée à la beauté.

Bruno SOURDIN.







Hantise

Par les vastes forêts, à l'heure vespérale,
Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots :
Mon âme s'alanguit d'une horreur sépulcrale
A l'heure vespérale où murmurent les flots.

Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots
Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire :
A l'heure vespérale où murmurent les flots
Un fantôme s'effare en l'ombre funéraire.

Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire
La lueur de la lune illumine le soir :
Un fantôme s'effare en l'ombre funéraire
Et l'âme de l'air râle en brumes d'encensoir.

La lueur de la lune illumine le soir,
Impalpable remous de la marée astrale,
Et l'âme de l'air râle en brumes d'encensoir
Par les vastes forêts, à l'heure vespérale.

*

Je suis ce roi des anciens temps

Je suis ce roi des anciens temps
Dont la cité dort sous la mer
Aux chocs sourds des cloches de fer
Qui sonnèrent trop de printemps.

Je crois savoir des noms de reines
Défuntes depuis tant d'années,
Ô mon âme ! et des fleurs fanées
Semblent tomber des nuits sereines.

Les vaisseaux lourds de mon trésor
Ont tous sombré je ne sais où,
Et désormais je suis le fou
Qui cherche sur les flots son or.

Pourquoi vouloir la vieille gloire
Sous les noirs étendards des villes
Où tant de barbares serviles
Hurlaient aux astres ma victoire ?

Avec la lune sur mes yeux
Calmes, et l'épée à la main,
J'attends luire le lendemain
Qui tracera mon signe aux cieux.

Pourtant l'espoir de la conquête
Me gonfle le coeur de ses rages :
Ai-je entendu, vainqueur des âges,
Des trompettes dans la tempête ?

Ou sont-ce les cloches de fer
Qui sonnèrent trop de printemps ?
Je suis ce roi des anciens temps
Dont la cité dort sous la mer.

*

Ô paix de ce pays d'ici

Ô paix de ce pays d'ici
Où jadis nous nous aimâmes
Par nos corps et par nos âmes,
Ô paix de ce pays d'ici !

Le crépuscule dans les arbres
Dont tous les oiseaux sont fous
De s'être aimés comme nous,
Le crépuscule dans les arbres !

Et ce fleuve sous la forêt
Où, soeur folle des automnes,
Tu cueillais les anémones,
Et ce fleuve sous la forêt !

Sais-tu ce que nous dit le fleuve
Qui pleurait dans les roseaux
- Soupirs des vents et des eaux -
Sais-tu ce que nous dit le fleuve ?

Il nous dit : Craignez la forêt
Dont au carrefour des doutes
On ne connaît plus les routes.
Il nous dit : "Craignez la forêt !"

Mais nous n'avons pas peur des arbres
Lourds du tumulte des vols
Et des chants des rossignols ;
Mais nous n'avons pas peur des arbres.

O paix de ce pays d'ici,
La voix des eaux est mensonge,
Et tu ne peux être un songe,
O paix de ce pays d'ici.

*
Adagio

Viens dans le parc nocturne où dorment les fontaines,
Mon amour ! Ne crains pas ce qu’on voit dans la nuit,
Et ne frissonne plus parce qu’un vent fortuit
A troublé la forêt sous ses voûtes lointaines.

Laisse-moi te mener. Dans les miennes tes mains
Sont un fardeau plus doux que des fleurs ou des ailes.
Ecoute, les taillis sont pleins de souffles frêles.
On dirait que des dieux marchent par les chemins.

Amour, c’en est fini des pleurs et des désastres !
La vie au point du jour va chanter dans les nids.
Attendons le soleil, et, l’un à l’autre unis,
Recueillons dans nos cœurs la promesse des astres.

Dans les bassins la lune est morte. Parle bas
Pour entendre, en passant par le sentier des saules,
Le bruissement obscur des feuilles que tu frôles.
Puis retenons, pour un baiser furtif, nos pas.

Pourquoi donc ai-je envie à la fois de sourire
Comme si je baisais le cœur chaud d’une fleur,
Et d’éclater en pleurs à cause d’un bonheur
Si divin que je sais à peine te le dire ?

Tes mains ! tes mains ! tes mains ! Qu’elles soient à jamais
Miennes. Et quand enfin les clartés incertaines
De l’aurore auront lui sur l’eau de ces fontaines
Et ces bois où s’attarde encore un vent mauvais,

Sueur, tu les dresseras triomphantes et fortes,
Levant le lourd fardeau des miennes, vers le jour,
Et nous saurons enfin le nom de notre amour,
Le mot secret qui fait s’ouvrir toutes les portes !


Stuart MERRILL.

25/05/2013

John Hoffman - Voyage final


John Hoffman
Personnalité méconnue de la Beat Generation, John Hoffman est un poète fascinant et bouleversant, dont les œuvres sont restées inédites pendant un demi siècle. Elles sont aujourd’hui publiées sous le titre de Journey to the End chez City Lights Books à San Francisco, dans un volume qui contient également des poèmes de Philip Lamantia rassemblés sous le titre de Tau, poèmes qui ont été écrits à la même époque, dans les années 50.

En dépit de leur importance historique, les poèmes d’Hoffman n’avaient jamais été proposés au public, exception faite d’une édition tardive (et limitée à 24 exemplaires) par un petit éditeur d’Oakland en novembre 2000…

Lamantia et Hoffman s’étaient rencontrés en 1947 à San Francisco. John Hoffman, né à Menlo Park, Californie, avait 19 ans et vivait dans un hôtel bon marché. Philip Lamantia, 20 ans, avait déjà publié Erotic Poems l’année précédente et, surtout, il avait été remarqué en 1942 par André Breton qui, en exil à New York, avait salué ses dons d’écriture exceptionnels et précoces. Lamentia avait même fait le voyage de la côte Ouest à la côte Est pour le rencontrer et s’était lié avec la tribu surréaliste.

A San Francisco, on avait dit à Lamantia qu’Hoffman pourrait lui procurer de la marijuana. Les deux jeunes poètes californiens avaient fait connaissance dans un bar de North Beach et étaient rapidement devenus les meilleurs amis du monde.

Carl Solomon a bien connu Hoffman lui aussi. Il le décrit comme un bel homme blond, grand, très maigre, portant lunettes et cheveux longs. Un esprit libre, le prototype même du hipster, le mec à la coule, toujours dans les nuages, ce qui amusait plutôt ses amis. Le poète Gerd Stern (rebaptisé Jack Steen par Kerouac dans Les Souterrains) avait fait sa connaissance à San Francisco. Il l’avait retrouvé en 1950 dans un bar de Greenwich Village, alors que lui-même vivait dans sa voiture dans les rues de New York. Ensemble, ils avaient décidé de s’embarquer sur un navire de la marine marchande à destination de l’Amérique du Sud. Avant de partir, les deux poètes avaient fait le plein de livres de poésie, qu’ils lisaient au clair de lune sur le pont du cargo. Et tous les deux écrivaient comme des fous. Stern se souvient d’une coïncidence extraordinaire : ils lisaient avec passion Les chants de Maldoror lorsqu’ils se rendirent compte que Montevideo, où naquit Isidore Ducasse, était justement sur leur route…

Comme beaucoup de Beats, John Hoffman s’était initié à toutes sortes de drogues. A New York, il s’était mis à l’héroïne, puis il partit au Mexique pour expérimenter le peyotl. William Burroughs le décrira plus tard comme « un des junkies » de Mexico City dans son roman Junky. C’est justement au Mexique qu’il est mort d’une manière fort mystérieuse en 1952, à l’âge de 24 ans. Jack Kerouac, qui lui donne le nom d’Altman dans Les clochards célestes (et de John Parkman dans les Visions de Cody), rapporte qu’« il y avait mangé trop de peyotl à Chihuaha (à moins qu’il ne soit mort de polio) ». Burroughs prétendait d’ailleurs que les symptômes sont identiques. Ainsi naquit sa légende.

Philip Lamantia, de son côté, affirmait qu’il avait été terrassé par une attaque de paralysie à Puerto Vallarta et qu’il serait mort dans un hôpital à Guadalajara. Aurait-il été victime d’une fièvre inconnue ? Ce n’est pas impossible et la crainte d’une contagion expliquerait que son corps ait été incinéré.

Trois ans après cette disparition tragique, se situe la lecture emblématique de la Beat Generation, le 7 octobre 1955, à la Six Gallery à San Francisco. Au cours de cette soirée qui est entrée dans l’histoire littéraire, six poètes se produisirent : Allen Ginsberg, Gary Snyder, Philip Whalen, Michael McClure, Kenneth Rexroth et Philip Lamentia. Jack Kerouac était dans la salle. Il s’était chargé de la boisson « pour maintenir l’esprit de chacun à un niveau élevé » et il encourageait ses amis de ses gloussements et de ses cris d’approbation. Clou de cette nuit de folie : la lecture de Howl, le long poème inspiré et écorché de Ginsberg, qui bouleversa l’auditoire et apparut tout de suite comme un manifeste. A deux reprises, Ginsberg y fait allusion à Hoffman (sans le nommer, mais ses amis l’ont reconnu), lorsqu’il évoque, parmi « les plus grands esprits » de sa génération, ceux qui furent arrêtés dans leurs barbes pubiennes en revenant de Laredo avec une ceinture de marihuana pour New York et, vingt strophes plus loin, ceux qui disparurent à l’intérieur des volcans mexicains ne laissant derrière eux que l’ombre des blue-jeans et la lave et la cendre de poésie éparpillée dans la cheminée de Chicago.
Mais c’est Philip Lamantia qui rendit le plus émouvant hommage cette nuit-là en lisant non pas ses propres œuvres, mais les poèmes de son pote défunt : ce clochard poète errant qui avait trop aimé le peyotl et la vie sans entraves. Et c’est ainsi que John Hoffman est entré dans la légende secrète de la Beat Generation.

Tau, by Philip Lamantia, and Journey to the end, by John Hoffman, City Lights, Pocket Poets number 59.






Voyage final
1. 
Sur une péninsule étroite
Dans une baie désenvasée
Sac à l’épaule
Un vieil homme
Nourrit les corneilles

2. 
Le long d’une péninsule
Minuscule et d’un blanc éclatant
Un vieil homme porte un lourd sac
À l’épaule
D’un pas tranquille
Pour nourrir les corneilles

3.
Flashes cinématomorphiques
Par les fenêtres d’un train de la péninsule
Cosmogonie d’un pays de corneilles
La séparation complète s’impose
(Mieux vaut encore savoir ce qui est
Que ce qui sera.)

4. 
Visions d’apocalypse
Besoin de se détacher et de combler
La nuit descend ardente et noire
La lune lance son poignard
Sur la péninsule
Plate minuscule d’un blanc éclatant.

5. 
Un vieil homme ouvre grand son sac
Aux corneilles

Dévotion
La plage est si lointaine
La pluie a déjà fait mourir ces bananiers
Que l’esprit ne voit plus :
L’oiseau solitaire à ma fenêtre
À la fin des jours d’été


J’ai vu battre les céréales…
J’ai vu battre les céréales
l’homme des blés
                            pendu
à la branche d’un chêne dénudé

nous imposait d’arrêter nos fléaux et de faire silence
il nous imposait
                            la compréhension
                            et le silence
son chuchotement ne couvre pas le bruit de la sauterelle

il nous imposait en chuchotant
                            whrr chk chk
                            whrr whrr chk chk
homme au fléau battu et fauché
homme pendu de la moisson
visage barbu comme un champ de blé
décharné

pas de boule de gui dans notre
                                               plaine
                                               fumante
mais un homme séché par le soleil
fruit stérile sur la branche d’un chêne dénudé

pendu
         tournant doucement pour caresser
         l’aile des corneilles
         tournant
         percevant
         et nous imposant
                            le silence


Chanson
Fais macérer mes mots
Pour repeindre le monde d’une autre couleur
Déplace l’horizon
Où la mort se cache oubliée

Arrête la trombe d’eau
Envahis le cœur assombri
Fais irruption dans la fourmilière
De mon dernier continent caché

Pars une fois de plus avec un corps brûlant
Devant les idoles à présent déposées
Quand tu traverseras un univers
Les soleils réduiront les mots en cendres


Chanson d’un vagabond
Je suis quelqu’un qui a entendu parler
Du soleil de la lune et des étoiles
De la terre de la mer et de l’air
Et je n’en dis rien
Parce que je n’ai pas de mots

Traduit par Bruno Sourdin