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| Alain Buhot. Photo Bruno Sourdin |
A Tourlaville, le plasticien Alain Buhot déforme les cartes et les plans du monde entier avant de les agresser au scalpel. « Je mixe et superpose ces ravages de papier dans une volonté de reconstruction », explique-t-il. Son travail interroge l’idée de temps et de mémoire.
Prenons la série « MAP ». Tout commence ainsi: dans un dictionnaire, qu’Alain Buhot ouvre au hasard, il va poser son doigt sur le nom de la première ville venue, imprime le plan de cette ville sur un grand papier aquarelle. Puis il réitère l’opération douze fois, dans douze villes. Et, dans chaque ville, il ne garde que les lieux de circulation. Il lui faut alors chercher des endroits qui puissent faire une continuité avec une rue d’une autre ville et faire la même chose avec les 12 villes. Superposer, juxtaposer et imprimer… « Avec le temps, précise-t-il, le nom des rues s’efface et cela devient une autre carte, une carte blanche. »
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| La série MAP. |
Les travaux qu’Alain Buhot entreprend jusqu’à épuisement de la série peuvent être longs. Lorsqu’une série est lancée, il va y travailler dix heures par jour. C’est donc un rituel, un chemin de méditation. Lui, parle volontiers de « performance sans public ».
Avant de se lancer dans un nouveau travail, il détermine un protocole. « Je fixe des règles et je n’en sortirai pas. » « Chaque étape est tirée aux dés. Comme cela je ne prends pas la moindre décision. » Les choses se font un peu d’elles-mêmes. « A la fin, il y a tellement d’étapes qu’on ne reconnait plus le point de départ. »
Dans la série « Sans titre (Couleurs) », il joue avec des éléments géographiques portant un nom de couleur. « Ce protocole est choisi pour retirer l’idée d’affect et d’inspiration. Ces fragments géographiques créent des formes abstraites mises en espace sur le support papier. »
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| La série Sans titre (Couleurs) |
Pendant qu’il travaille, au hasard des mots qu’il va trouver dans son dictionnaire, il cherche sur Youtube des enregistrements qui correspondent au mot que le sort lui a désigné. Et ces enregistrements deviennent en quelque sorte la bande-son de son travail et lui permettent de se concentrer sur l’oeuvre qu’il est en train de réaliser. « Je tombe ainsi sur des trucs où je ne serais jamais allé. Pendant le Covid, j’ai ainsi fait le tour du monde dans mon atelier. »
B. SOURDIN.
En mai, Alain Buhot expose à l’Atelier DMM, 19 rue de Chausey, à Lingreville 50660.




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