
Kunwar Narain, le poète de Delhi. DR
Kunwar Narain est un poète majeur de l’Inde moderne, une des voix les plus vibrantes de langue hindi. La poésie était pour lui une nécessité absolue.
« La poésie peut offrir beaucoup
parce qu’elle est capable de beaucoup
dans notre existence
si nous lui faisons une place
comme le font les arbres pour les fleurs
comme le fait la nuit pour les étoiles »
Narain est né dans l’état d’Uttar Pradesh en 1927. Son œuvre est particulièrement abondante et englobe des domaines variés, poésie, poèmes épiques, nouvelles, essais de critique littéraire… Il a traduit des écrivains considérables : Stéphane Mallarmé, Constantin Cavafy, Jorge Luis Borges ou Derek Walcott, le grand poète des Caraïbes…
Narain en français aux éditions Banyan
Dans son œuvre poétique, qui vient d’être traduite en français directement du hindi par un universitaire de Lausanne, Nicola Pozza, il aborde les sujets les plus douloureux, la mort, la guerre, mais aussi de vivifiants souvenirs de voyages. Sa sensibilité à la nature est constante. C’est ainsi, apprend-on, qu’il aime discuter avec son arbre :
« J’ai pour voisin intime
un vieil arbre
— aucune idée de son nom, de son origine —
ses branches sont si proches
toujours là toujours présentes
dans la véranda de ma maison
il me suffit quand je le veux
de tendre la main pour caresser son front
et lui tendrement me fixe de son regard
doux comme celui d’une vache. »
Il rêve d’arriver un jour au pays des papillons, de partager la mélancolie d’un éléphant qui se sent vraiment seul, il rêve de retrouver la vie pure et simple de son enfance :
« Comme des bulles de savon
quelques petites fleurs blanches voletant dans le vent
venaient s’accrocher aux cheveux de Maman
quand elle revenait de la cour
une fois les plants de tulsi arrosés. »
Désormais le poète se rend compte qu’il lui reste peu de temps et nous écoutons sa voix emplie d’affection conter l’histoire de sa vie, une aventure qui s’achève — « il reste si peu de temps et pourtant » — mais à laquelle il voudrait ajouter un nouvel épisode :
« J’aimerais m’imprégner de ton parfum musqué,
j’aimerais vivre un amour total
une ivresse telle
qu’elle soit plus excitante encore
que le tout premier amour… »
Ce grand poète de Delhi — qui est mort en 2017 — nous offre une oeuvre poétique essentiellement méditative et introspective, dans une langue simple et vibrante.
« Maintenant lâche mes mains
dans l’eau profonde
Elles ne couleront pas
l’océan les remplira. »
Une poésie imprégnée de beauté et résolument incarnée.
Bruno SOURDIN.
Kunwar Narain, Confluences, traduit du hindi par Nicola Pozza, éditions Banyan, 2025

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