18/06/2026

La voix vibrante de Kunwar Narain

  

Kunwar Narain, le poète de Delhi.                                                                                    DR


 

Kunwar Narain est un poète majeur de l’Inde moderne, une des voix les plus vibrantes de langue hindi. La poésie était pour lui une nécessité absolue.

« La poésie peut offrir beaucoup

parce qu’elle est capable de beaucoup

         dans notre existence

                  si nous lui faisons une place

comme le font les arbres pour les fleurs

comme le fait la nuit pour les étoiles »

 

Narain est né dans l’état d’Uttar Pradesh en 1927. Son œuvre est particulièrement abondante et englobe des domaines variés, poésie, poèmes épiques, nouvelles, essais de critique littéraire… Il a traduit des écrivains considérables : Stéphane Mallarmé, Constantin Cavafy, Jorge Luis Borges ou Derek Walcott, le grand poète des Caraïbes…

 

 

Narain en français aux éditions Banyan

 

Dans son œuvre poétique, qui vient d’être traduite en français directement du hindi par un universitaire de Lausanne, Nicola Pozza, il aborde les sujets les plus douloureux, la mort, la guerre, mais aussi de vivifiants souvenirs de voyages. Sa sensibilité à la nature est constante. C’est ainsi, apprend-on, qu’il aime discuter avec son arbre :

« J’ai pour voisin intime

un vieil arbre

— aucune idée de son nom, de son origine —

                  ses branches sont si proches

                  toujours là toujours présentes

                  dans la véranda de ma maison

                  il me suffit quand je le veux

                  de tendre la main pour caresser son front

                  et lui tendrement me fixe de son regard

                  doux comme celui d’une vache. »

 

Il rêve d’arriver un jour au pays des papillons, de partager la mélancolie d’un éléphant qui se sent vraiment seul, il rêve de retrouver la vie pure et simple de son enfance :

« Comme des bulles de savon

quelques petites fleurs blanches voletant dans le vent

venaient s’accrocher aux cheveux de Maman

quand elle revenait de la cour

une fois les plants de tulsi arrosés. »

 

Désormais le poète se rend compte qu’il lui reste peu de temps et nous écoutons sa voix emplie d’affection conter l’histoire de sa vie, une aventure qui s’achève — « il reste si peu de temps et pourtant » — mais à laquelle il voudrait ajouter un nouvel épisode : 

« J’aimerais m’imprégner de ton parfum musqué,

j’aimerais vivre un amour total

une ivresse telle

qu’elle soit plus excitante encore

que le tout premier amour… »

 

Ce grand poète de Delhi — qui est mort en 2017 — nous offre une oeuvre poétique essentiellement méditative et introspective, dans une langue simple et vibrante.

« Maintenant lâche mes mains

         dans l’eau profonde

Elles ne couleront pas

         l’océan les remplira. »

Une poésie imprégnée de beauté et résolument incarnée.

 

Bruno SOURDIN.

 

 

Kunwar Narain, Confluences, traduit du hindi par Nicola Pozza, éditions Banyan, 2025

 

 

 

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