11/12/2018

Plutôt la vie

Plutôt la vie

Alice, passée par tous les trous de serrure du temps, au pays des permissions accordées d’avance, brandit d’une main un oiseau des îles. Se livre-t-elle à un entrechat de fée, de sorcière, vêtue d’oripeaux somptueux ? Humpty Dupty – père Ubu au ventre bedonnant – les deux bras écartés, la tête à même le sol, se tient en parfait équilibre, tout sourire, jambes levées. Dans l’obscurité, invisible, quelqu’un bat des cartes. Si l’élue était l’arcane 17 du tarot, si l’on revenait au soleil des eaux du poète, si l’océan, épargné des souillures, si la banquise, si les espèces… si la terre tournait enfin dans le bon sens… André Breton pendrait la crémaillère pour Mélusine, en sa maison de Saint-Cirq, les lendemains chanteraient, la terre, aussi bleue qu’une orange, serait exempte de tout lieu de réclusion où la liberté agonise. Debout, les rêves ! Qu’un doigt vengeur indique la porte de sortie à la Grande Indésirable, les Transparents échangeront des messages de bienvenue par les corolles des trémières, une fois de plus la lumière sera effervescence incandescence efflorescence inflorescence à tous les horizons déployée sur l’écheveau du monde.


Dans la vallée du monde

A l’orée de la forêt sacrilège, Eve, promise au bannissement, se morfond du paradis perdu. Adam ne supporte pas l’exclusion du royaume et bande ses muscles prêt à en découdre avec la Cantatrice chauve. Sous les feuillages les pierres philosophales sont parlantes, léchées des ombres. On joue au chat et à la souris avec tout murmure. Un dolmen attend le sacrifice d’une jeune vierge, le chant nostalgique des aèdes, la danse sensuelle des bayadères. Une panthère noire, à pas de velours, recherche un tigre de Bengale. On se fait fête des feuillages verts, du retour du printemps, de l’éclosion des bourgeons, de la promesse des pommes capiteuses émaillant les branches emperlées de rosée. L’abominable homme des neiges, descendu des cimes enneigées, aujourd’hui, a le cœur tendre. Et si l’étoile, dans un ciel sans nuages, indiquait aux chevaliers de la quête la direction de l’enfance ?


Liberté couleur d’homme

Prendre ses jambes à son cou et – olé ! – s’élancer, triomphant, bientôt dépassant les clochers de villages, approchant le grand dais des étoiles. Le sorcier noir veille au grain, coiffé du scalp d’une blonde irradiante. Les lèvres du sorcier sont cousues par un frisson de plumes de Tétras lyre en parade amoureuse ou de Caurale soleil au faîte de la pyramide. Icare – horreur – découvre la loi de la gravitation universelle alors qu’il aspirait follement à celle de l’attraction passionnée. Le poète ne peut-il donc être délivré, la chute du héros est-elle irréversible, dans l’indifférence générale ? Dans son coin le grand maître des cérémonies préside à on ne sait quelle messe noire. Qui, au crépuscule, prendra souci du ver luisant, éperdument appel dans la nuit froide et solitaire ?
Au pied de l’officiant deux anges déchus déguisés en balayeurs recueillent les fragments brisés d’un grand rêve de cristal.

Textes: Daniel Abel
d'après des collages de Bruno Sourdin

Bruno Sourdin et Daniel Abel à Valvins en août 2016.
Après sa rencontre avec André Breton, dont la pensée l'a marqué en profondeur,  Daniel Abel a participé, à partir de 1958, aux réunions du dernier groupe surréaliste. 
Du surréalisme, il a conservé le goût du merveilleux. "Dès l'aube, dit-il, la poésie ouvre une fenêtre... S'étonner se laisser surprendre, on aime la poésie qui bouscule l'ordinaire, entretient la surprise."Daniel Abel défend avec panache une poésie qui exprime notre révolte, "la révolte créatrice de lumière."



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