17/01/2020

Les retouches hédonistes de Daniel Boulanger




Daniel Boulanger aimait rendre les choses simples mystérieuses. Fantaisie était sa devise. « Faites que le monde ne devienne pas très ordinaire », fait-il dire à un personnage d’Un été à la diable, un de ses romans facétieux. Son sens de l’observation et son goût du débridé et du loufoque se sont épanouis dans la nouvelle, dont il fut l’un des maîtres. Ils font aussi merveille dans ses poèmes, qu’il aimait courts, trois ou quatre vers, rarement plus de six, et qu’il baptisait « retouches ». Il y a, par exemple, dans son recueil Etiquettes, la retouche à l’attente, la retouche à la paresse ou la retouche à la boîte à sardines, qui donne ceci :
« sous la vague en fer blanc
un peuple étroit de pharaons
achève sa dérive. »

Lorsqu’il passe chez Grasset, il continue à ciseler ses vers : retouche à l’aube, retouche à l’orage, retouche à la gouttière :
« penchée sur une eau qui s’en va
et toute au bruit de roue du ciel
la lune sent le chat ».

Son recueil Images, mes catins est un discret clin d’œil à Diderot (« mes pensées sont mes catins »), et surtout l’occasion de souligner combien l’image est au cœur de sa poésie. « Les images ? Je passe un moment inoubliable avec elles », m’a confié, un jour, avec un large sourire, l’ermite de Senlis.

La poésie de Daniel Boulanger n’obéit à aucune règle, sinon que de dire, avec le moins de mots possible, le plus sur un objet, une sensation ou une image entr’aperçue. Ses livres de poèmes sont comme des drageoirs, on y picore, au gré de ses humeurs ou de ses envies, on laisse fondre… C’est un plaisir délicieux.

Des retouches, Daniel Boulanger en a écrit pendant 60 ans. Dans son œuvre, c’est ce à quoi il tenait le plus, comme il me l’a raconté : « Ça a commencé bizarrement. Je me suis trouvé très loin de chez moi, au Tchad. La femme que j’aimais habitait Paris. Je me suis mis à lui décrire le vent du sable, l’acacia, le tam-tam, la dégringolade du jour… » De retour d’Afrique, il montre son manuscrit à Paulhan, qui lui dit : « C’est un coup de poing. » Avec ses retouches, il avait créé un genre.

A la différence des fervents du haïku japonais, Boulanger ne cherchait pas à exprimer le secret profond des choses. Lui, au contraire, prenait un malin plaisir à regarder de biais ou par en-dessous puis à « retoucher » tout ce qui lui tombait sous l’œil, les choses ou les sentiments, puis à les concentrer en poèmes, souvent mystérieux.

Attentif à ce qui fait la drôlerie de la vie, grand amateur du bizarre et du cocasse, il devient un grand poète lorsqu’il fait appel aux éléments les plus simples : le ciel et le vent, la nuit et les étoiles, ou qu’il nous fait sentir « la respiration de Dieu ». Ainsi dans cette très lapidaire retouche à la certitude :
« la terre
un point dans l’écriture illisible de Dieu ».

Ou encore dans cette retouche au grand monde :
« les collines couchées à la romaine
se passent la coupe du ciel

l’échassier du soleil sur une patte
veille
gavé de silence ».

Daniel Boulanger a publié une vingtaine de livres de poèmes. Jamais il ne passait une journée sans poésie. « J’ai toujours fait ça, aimait-il à dire. Avant de m’endormir, j’ai toujours lu un poème. Depuis le séminaire où, avec une lampe, en douce, je lisais sous les draps. J’ai toujours voulu que le beau me serve de bien, c’est ma morale. »

Il composait donc ses retouches régulièrement, « comme ça vient », dans la rigueur, la pauvreté, l’essentiel, ne gardant que ce qu’il aimait. Ses poèmes tiennent avec peu de choses. Avec parfois une rime, parfois une assonance, ses vers sont toujours très rigoureusement rythmés. Ce sont le plus souvent des octosyllabes, parfois un alexandrin. Le rythme, voilà bien l’essentiel. Depuis Marot jusqu’à Apollinaire ou Paul-Jean Toulet, en passant par Tristan L’Hermite, « le français, remarquait-il avec justesse et le sens de la formule, a toujours eu le même cristal. »

Et, pour ses retouches, il ne fallait pas lui parler de haïkus, on s’en doute. Ses poèmes sont exactement à l’opposé : un formidable travail de ciselure.

Bruno SOURDIN.






















Etiquettes, Gallimard, 1993
Images les catins, Grasset, 1999
Fenêtre mon navire, Grasset, 2008.



24/12/2019

Sur la route avec Lawrence Ferlinghetti, légende vivante de la Beat Generation




Lawrence Ferlinghetti a fêté, le 24 mars 2019, ses 100 ans. Il est l'une des légendes vivantes de la littérature américaine. Dans les années 1950, il a fondé à San Francisco la librairie et maison d’édition City Lights. C’est lui qui, le premier, a publié les livres de la Beat Generation, à commencer par Howl, le chef-d’œuvre d’Allen Ginsberg, qui fut poursuivi pour obscénité. A la fin du procès, en août 1957, Ginsberg, Ferlinghetti et City Lights étaient célèbres. Une véritable révolution poétique était née.

Lawrence Ferlinghetti est né à New York. Son père, un émigrant italien venu de Lombardie, est mort avant sa naissance. Sa mère, qui était issue d’une famille juive sépharade du Portugal, était trop perturbée pour s’occuper de lui. Sa tante Emilie l’emmena vivre en France, à Strasbourg, et pendant son enfance, jusqu’à ses six ans, il s’était cru français.

En 1941, il s’engage dans la Navy. Le 6 juin 1944, jour du D-Day, il commandait un chasseur de sous-marins, le SC-1308, en Normandie, au large de la plage d’Utah Beach, où venait d’être déclenchée l’opération Overlord, le plus grand débarquement de l’Histoire.

De cette bataille de Normandie, il a tiré une cinquantaine de clichés en noir et blanc, qui ont été retrouvés chez lui dans deux petites boîtes au fond d’un tiroir de son bureau à cylindre. Ces photographies, qui n’avaient jamais été montrées, ont été exposées à San Francisco en septembre 2019. On y voit les navires qu’il avait pour mission de protéger, quelques membres de son équipage et des vues de Cherbourg qu’il a prises en septembre 44, après que le port du Cotentin ait été libéré. « Depuis ma plus tendre enfance en France avec Emilie, ma tante française, j’avais toujours considéré la France comme ma deuxième patrie. » Débarqué à Cherbourg, il a aussitôt ressenti le besoin de baiser le sol français.

Plus tard, Ferlinghetti a été envoyé dans le Pacifique, où il a commandé un navire de transport de troupes, l’USS Selimur. L’épouvantable spectacle qu’il vit à Nagasaki, où il débarqua six semaines après l’explosion atomique, changea à jamais son regard sur le monde. Cette vision cruelle est restée puissamment inscrite dans son esprit. Il avait 26 ans. Et Lawrence est devenu pour le restant de ses jours un militant pacifiste convaincu.

A la fin de la guerre, il est revenu en France pour faire des études à la Sorbonne. Il a vécu 4 ans à Paris où il obtint un doctorat en littérature. Et il se lia d’amitié avec George Whitman, le futur propriétaire de la fameuse librairie Shakespeare & Co, de renommée internationale.

La librairie City Lights, qu’il a fondée en 1951 à San Francisco, est, selon ses propres termes, « la sœur naturelle » de celle George Whitman, « un lieu où l’on peut s’asseoir pendant des heures sans être harcelé pour acheter quelque chose ». Et il devint éditeur des poètes de la Beat Generation : Ginsberg (Howl et Kaddish), Burroughs et Ginsberg (Les Lettres du yage), Kerouac  (Le Livre des rêves), Gregory Corso (Gasoline), Bob Kaufman (Sardine dorée), Lamantia, McClure… et quelques autres grands auteurs qu’il a révélés : Paul Bowles, Pasolini, Bukowski, Malcolm Lowry. Dans le domaine français, il a publié Artaud, Michaux, Genet, Albert Cossery, Daumal (Le Mont analogue) et Jacques Prévert (Paroles), qu’il a lui-même traduit. Bref, un catalogue ahurissant ! Il a dit que sa plus grande fierté était d’avoir publié le Howl Ginsberg : « Ça a été une véritable révolution poétique. »
C’est dans la cabane de Ferlinghetti, à Bixby Canyon, sur la côte Pacifique, que Jack Kerouac, au bout du rouleau, épuisé par l’alcoolisme, écrivit son roman Big Sur et qu’il eut l’idée géniale de décrire les bruits de l’Océan dans un long poème intitulé La Mer.





Lawrence Ferlinghetti a beaucoup voyagé. Ses fascinants carnets de route, qui n’étaient pas à l’origine destinés à la publication, ont été rassemblés dans La Vie vagabonde (1), un livre extraordinaire de 600 pages, qui se dévore avec une constante avidité. Il y raconte ses pérégrinations en Amérique Latine (le Mexique est le pays qu’il a le plus visité), en Afrique du Nord ou Russie. Il est souvent revenu en Europe : en Italie, à Brescia, où il voulut retrouver la maison où son père était né, « dans un quartier délabré », mais le voyage s’était terminé par une arrestation, comme il le raconte : « Une voiture de police est arrivée en trombe et nous nous sommes retrouvés plaqués contre un mur pendant qu’ils vérifiaient nos papiers ».



Avec George Whitman, son plus vieil ami.
A Paris, où il dit avoir passé quelques-unes de ses plus belles années, rien de tel. Septembre 2006 : « Aujourd’hui, note-t-il sans cacher son bonheur, j’ai fait une épatante promenade en flânant sur la Rive Gauche. » Rue de la Bûcherie, il va retrouver son ami George Whitman qui a alors 93 ans: George est son plus vieil ami et tous deux aiment à passer des journées entières à parler de leur passion pour les livres, « comme deux vieux personnages de  Beckett ». 
En 1963, nouvelle flânerie parisienne : « J’ai arpenté les rues de nuit, heureux de vivre, euphorique et songeur, et je fus Apollinaire, je fus Rimbaud, je fus le Stephen Dedalus de Joyce, en route pour façonner la conscience incréée de son espèce. »

Ferlinghetti adore tellement la France qu’il lui est même arrivé d’écrire des poèmes directement en français. Ainsi ce poème intitulé Amant des gares, qui a été recueilli autrefois par un éditeur québecois (2):

« Suis amant des gares
amateur des gares
les gares de toutes sortes
n’importe où
à cause de ma très grande soif
de gens et de la vie de gens
la foule dans les gares
et les solitaires dans les foules
(…)
J’attends toujours ceux qui m’attendent
Comme tout le monde
Avec cette énorme soif
Cette énorme faim
De tout manger tout boire
Comme des animaux affamés
Dans la grande beuverie de la vie
Où le soleil viendra un jour
Pour bouffer tout ça »




Libraire et éditeur, Lawrence Ferlinghetti est avant tout un poète. Publié en 1958son second recueil, A Coney Island of the Mind, est devenu un classique, un best-seller de la poésie américaine contemporaine, presqu’aussi célèbre que Howl : plus d’un million d’exemplaires ont été vendus dans le monde.  On y trouve des poèmes extraordinaires, comme celui-ci, traduit dès 1970 par Mary Beach (à l’époque où elle travaillait à la librairie City Lights) et Claude Pélieu (3) :

« Le monde est un endroit merveilleux
                                                                où naître
                                                                  
si cela ne vous dérange pas que
                                                             le bonheur
                     ne soit pas toujours
                                                  tellement marrant
si vous n’êtes pas gêné par un peu d’enfer
                                               de temps en temps
                    au moment où tout va bien
                               car même au paradis
                       on ne chante pas
                                                         tout le temps
(…)
Oui le monde est le meilleur de tous les endroits
                                         pour un tas de choses
                        jouer s’amuser
                       et faire l’amour
                 et faire le drame triste
           et chanter des chansons basses 
et être inspiré
                                     se balader regardant tout
                                                 et sentir les fleurs
     et foutre le doigt dans le cul des statues
et
    même penser
                    et embrasser les gens
                    et faire des bébés
                    et porter des pantalons
                    et agiter son chapeau
           et danser
                                     et nager dans les rivières
  ou pique-niquer
                                    au milieu de l’été
et en général
                       mener la belle vie
Oui
    mais juste au milieu de tout cela
                                                                    arrive
                  le souriant croque-mort » 
             


Dans Poésie, art de l’insurrection (4), qui résume son art poétique, il nous concocte un bouquet d’aphorismes saisissants et quelques belles recommandations. En voici quelques-unes :

« Si tu te veux poète, écris des journaux vivants. Sois reporter dans l’espace, envoie tes dépêches au suprême rédacteur en chef qui veut la vérité, rien que la vérité, et pas de blabla. »

« Si tu te dis poète, ne reste pas bêtement sur ta chaise. La poésie n’est ni une activité sédentaire, ni un fauteuil à prendre. Lève-toi et montre-leur ce que tu sais faire. »

« Ecoute le chuintement des feuilles et le clapotis de la pluie. »

« Sois naïf, pas cynique, comme si tu venais d’atterrir sur Terre, époustouflé par ce sur quoi tu tombes. »

« Comme un bouddhiste, écoute ta respiration. »

« Ose être un guérillero poétique non-violent, un anti-héros. »





Lawrence Ferlinghetti n’a cessé de porter un regard libre et engagé sur le monde. Pacifiste militant, anarchiste, sa curiosité et son excitation à regarder le monde ne sont jamais retombées. Il a toujours su garder son optimisme. « Saisis l’instant », recommande-t-il toujours. « Sois un oeil parmi les aveugles. » Et surtout : « Fais-le avec passion. »

J’entends encore et encore le chant excitant de ce vagabond éternel qui nous fait signe à travers les flammes et réinvente l’idée de beauté. J’écoute battre son cœur, je dévore ses livres et je goûte son effervescence joyeuse dans la lumière changeante de San Francisco.

Bruno SOURDIN.


(1)         La vie vagabonde, Le Seuil, 2019.
(2)         Amant des gares, Les Ecrits des forges, Ottawa, Canada, 1990. Repris par Le Temps des cerises en 1990.
(3)         Un regard sur le monde, Christian Bourgois éditeur, 1970.
(4)         Poésie, art de l’insurrection, Editions Maelstrom, Etterbeek, Belgique, 2012.


Cet article a été publié dans Quetton L'Arttotal (revue fondée en 1967 par J.F. Rocking Yaset), numéros 38 et 39.


A lire aussi: "Quand Lawrence Ferlinghetti est arrivé en Normandie"
http://brunosourdin.blogspot.com/search?updated-max=2019-08-21T16:08:00%2B02:00&max-results=7


14/11/2019

Le voyage-haïku de Kenneth White


Kenneth White à Trébeurden, dans les Côtes-d'Armor, dans sa maison, qu'il a appelée Gwenved, "Le Blanc pays".
                                                                                                                                                                    Photo Ouest-France



Le chemin du Japon profond 
Avec Kenneth White, la littérature ne sent jamais le renfermé. Après ses errances dans la Chine du Visage du vent d’Est, il avait consacré au Japon, il y a près de 30 ans, un « récit rêveur de route et d’îles », qui est un véritable chef-d’œuvre. 

Ce pèlerinage vers des lieux lointains est aussi un hommage à Matsuo Basho, le grand poète du XVIIe siècle, maître du haïku. Au cours de son voyage, le poète écossais cherche à s’immerger « dans l’énergie et le rythme et la lumière ». Un voyage méditatif, sans but, avec le sens de la beauté éphémère.

Selon Kenneth White, pour connaître le vrai bonheur, il faut voyager dans un pays lointain « et même hors de soi-même ». Le Japon est, à cet égard, le pays idéal,  une « pays de l’esprit », particulièrement stimulant si l’on prend Basho pour guide, ce vieux maître incomparable, « homme du vent et des nuages ».

Prenant Tokyo comme point de départ, Kenneth White se dirige vers le Nord, pour atteindre Hokkaïdo et voir les cygnes sauvages venus de Sibérie s’abattre « avec leurs cris d’outre-mer » sur les lacs du Nord où ils viennent hiverner.

Comme Basho dans La sente étroite du bout du monde, son grand journal de voyage, Kenneth White est à la recherche de quelque chose d’autre qu’un simple carnet de route. Il ne veut pas seulement couvrir des kilomètres, mais « ouvrir un espace pour l’esprit », ouvrir une voie. Son idéal est le voyage zen, le voyage-haïku, qui consiste à « se laisser aller avec les feuilles et le vent ».

Arrivé à l’extrême nord du Japon et au terme de ses extraordinaires pérégrinations, White voit enfin ses cygnes sauvages. « Longtemps avant l’aube, j’étais aux aguets parmi les roseaux du lac, dans le marais jusqu’aux genoux à un certain moment, attendant le lever du jour. » Lorsque les oiseaux se réveillent, s’envolent et tournent « dans l’air vif et clair », le voyage touche à sa fin. « Soudain le vide fut rempli de clameurs et de battements d’ailes. » Les cygnes sauvages arrivent en groupe de cinq à dix. Kenneth White peut alors écrire son haïku :
« Sur le lac vide
ce matin du monde
les cygnes sauvages ».



Les images du monde flottant
A relire, en parallèle, un essai magistral de Kenneth White sur le grand peintre Hokusaï. Le poète écossais s’immerge dans le brouhaha de la vie courante, dans ce que les Japonais nomment « le monde flottant » pour brosser le portrait d’un « vieil homme fou de peinture »,qu’Edmond de Goncourt considérait à juste titre comme « un des artistes les plus originaux de la terre ». Et, avec Hokusaï, nous ne nous éloignons pas de Basho : ce sont les mêmes scènes de vide et de vent, « des scènes où se dégage, par la ligne et la couleur, une poésie puissante, une poétique du monde ouvert ». Hokusaï ou l’amoureux de l’horizon sensible.
« Un esprit libre
planant
au-desus des plaines de l’été ».

Bruno SOURDIN.


Kenneth White : "Les cygnes sauvages », Grasset, 1990 ;  et « Hokusaï », éditions Terrain vague, 1990.

Kenneth White a consacré de très belles pages à la Bretagne blanche, où il s'est établi. Il aime aussi aller explorer en profondeur des pays lointains, comme le Japon de Basho et Hokusaï.                                          Photo Ouest-France)                                                                                   










Ce mois-ci, des cygnes sauvages sont arrivés par bandes et en grand nombre dans la réserve naturelle du lac Héron à Villeneuve-d'Asq, dans les Hauts-de-France. Un événement qui permet d'imaginer ce qu'a pu observer Kenneth White sur l'île d'Hokaido.au Japon.                                                                                                              (Photos Francine Manhaeve)