24/03/2017

Sreemanti Sengupta & The Odd Magazine: l'Inde qui bouge

Sreemanti Sengupta.

La vie intellectuelle a toujours été intense au Bengale. Les Bengalis, il est vrai, ont une propension naturelle à poétiser le monde. Lauréat du prix Nobel en 1931, Rabindranath Tagore a été, au siècle dernier, l’un des plus grands poètes de l’Inde. Son œuvre, qui est ancrée dans une tradition millénaire, est un trésor de la littérature universelle. 

Kolkata (Calcutta) reste aujourd’hui une capitale culturelle extrêmement vivante. Et moderne. Dans les années 1960, lancé par Malay Roy Choudhury, un mouvement littéraire d’avant-garde, baptisé Hungry Generation, a marqué à grands bruits l’entrée de l’Inde dans le concert de la modernité. Le groupe eu un retentissement international, à l’image de la Beat Generation, auquel il a souvent été rapproché. L’un de ses membres, Pradip Choudhuri, est le fondateur de la revue Pphoo, qui a la particularité d’être trilingue, anglais, français, bengali. Ce poète et philosophe a tissé de solides amitiés en France. 
http://brunosourdin.blogspot.fr/2014/12/le-blues-dejante-de-calcutta.html

Aujourd’hui, une nouvelle génération entre en scène. A l’image de Sreemanti Sengupta, qui anime avec Snigdhendu Bhattacharya, sur le Web, un e-magazine décoiffant, qui mixe textes, interviews, photographies et vidéos: The Odd Magazine en est déjà à son 14e numéro.




Quelques poèmes de Sreemanti :

 Père 

Je ne sais pas
quoi te dire
ni comment te le dire
c’est plus difficile
maintenant que tu es parti
la souffrance te rendait
si courageux
et je ne pouvais pas m’empêcher de grimacer
comme un lépreux qui roule ses bidis
sauf que moi j’étais tellement mal
que ma tête a explosé

je n’ai pas oublié
tes derniers soupirs
ni tout ce qui t’amusait
ou te hérissait chez moi
et dans les photos que je compulse
tu me regardes
avec ce joli sourire
qui ne laissait pas la place à la discussion

si je t’ai fait  souffrir
je t’ai aussi adoré

je ne sais pas ce qui l’emporte
tu n’as pas laissé de note



Les haïkus de Sreemanti


Amour
Aime moi 
comme un poème
qui n’est encore jamais arrivé

*

Le soleil et la lune
Tu peux toujours rêver
dit le soleil
à la lune

*

Noël
Une nonne 
au confessionnal
Noël est dans l’air

*

Silence
Le silence
est un cri
ou le sera

*

Clair de lune
Il fait nuit
les arbres se balancent en silence
au clair de lune

*

En voiture
Moteur coupé
à flanc de coteau
le vent hurle dans la montagne

*
Baiser
Comme des chats voleurs
leurs lèvres se sont unies
dans le noir

*

Printemps
Te souviens-tu
de cette soirée d’hiver glaciale
quand on annonçait déjà le printemps ?

*

Offrande
Lentement le mendiant
fait tomber une pièce
aux pieds du dieu



06/03/2017

Haïku. Les impressions fugitives de Pierre Tanguy

Pierre Tanguy à Brignogan dans le Pays Pagan (Finistère), le pays de son enfance. 


Haïku du chemin en Bretagne intérieure



Trois vers et tout est dit. Le haïku est un art de la concision et de l’ellipse qui prend ses origines dans le Japon médiéval. Matsuo Basho, qui vivait à Kyoto au XVIIe siècle, est considéré comme le grand maître du genre. Aujourd’hui encore, le haïku continue d’inspirer des milliers d’adeptes. Il a même atteint une dimension planétaire : on en écrit partout dans le monde.
En France, Pierre Tanguy est un représentant authentique de cet art ô combien délicat qui consiste à saisir un instant de vie en utilisant un minimum de mots, et toujours des mots simples et concrets. Sur les chemins de Bretagne, il note des moments fugitifs de la vie quotidienne.

Sur la page de mon carnet
Ouvert dans l’herbe
Une fourmi bien affolée

Traditionnellement, au Japon, on classe les haïkus par saisons. Pierre Tanguy respecte cette règle quasi incontournable et tire son inspiration du spectacle de la nature.

Printemps :
L’épaule blanche
Des jeunes filles
Premiers jours d’avril

Eté :
Même le pêcheur ventru
A ôté son maillot de corps
Canicule

Automne :
Des feuilles mortes
Sous la roue du vélo
Bruit de mitraillette

Hiver :
Ciel trop gris
Pas un rayon
Sur les chatons naissants

Pierre Tanguy a un sens puissant de l’observation. Son œil est sans cesse sur le qui-vive, prêt à saisir le mystère ineffable de choses. Ses vers, dépouillés, touchent juste. En trois coups de pinceaux, le poète sait aller à l’essentiel.

Piqûres de sel sur la joue
Pédalant dans le froid
Grésil de décembre

Amoureux du silence, Pierre Tanguy pratique le haïku comme un art de vivre, pour tenter de dire l’indicible, et son recueil donne une sensation de grande plénitude.


Haïku du sentier de montagne



De ses randonnées dans les Alpes et les Pyrénées, il est revenu les poches remplies de haïkus. Il décrit la beauté de la nature et la vie des hommes dans ces grands paysages.

Sanctuaire à ciel ouvert
Chacun s’incline
Bouche bée

La concision est indispensable à l’écriture d’un haïku. Il faut trouver le mot juste.

Torrent hurlant
Sous le pont
Trop plein d’avril

Dans ce type de poésie, quelques mots suffisent pour s’exprimer pleinement. Un bon haïku n’est jamais abstrait. Tous les lecteurs doivent le comprendre sans peine. Ceux de Pierre Tanguy respectent cette règle impeccable de sobriété.

Les grands sapins
Ont leurs épaules lourdes
Il neige

Ces poèmes de l’instant se présentent sans fioritures. Selon une autre règle d’or du genre, ils sont bien rattachés à une saison.

Regard brouillé
La neige tombe
Sur mes cils

Parfois il suffit d’un détail pour que la saison soit suggérée.

Suspendus aux branches
Comme des vessies
Les derniers abricots

Les descriptions simples laissent une large place à l’imagination de ses lecteurs. Trois petits vers et c’est tout un univers qui est évoqué, une émotion forte qui est partagée.

Quatre petits cœurs
Palpitent sous les pins
Oiseaux tombés du nid

De ses marches en montagne, le poète finistérien a ramené une vision dense et lumineuse, qui plonge le lecteur avec délice dans l’essence des choses.

Langues de glace
Le col atteint
Dans la béatitude

Les haïkus de Pierre Tanguy sont de vraies petites merveilles.

B.S.


Pierre Tanguy: Haïku du chemin en Bretagne intérieure et Haïku du sentier de montagne, Editions La Part Commune, Rennes. Chez le même éditeur, Sous le ciel de chardon bleu est une évocation du pays d'enfance, le Pays Pagan, sur la côte septentrionale du Finistère.

12/02/2017

Janladrou ou le surgissement des couleurs






Janladrou a ouvert une nouvelle page de son travail pictural, en présentant, sous le titre de Impressions, d’ici et d’ailleurs, une soixantaine d’œuvres à l’Usine Utopik, le centre de création contemporaine situé à Tessy-Bocage, près de Saint-Lô. Le champ de l’écriture reste sa marque de fabrique : les mots et les lettres, les écritures imaginaires, les calligraphies sont des éléments décisifs de sa recherche. Mais la couleur, qui était, à l’origine, dans les années 1970, la préoccupation centrale de cet artiste singulier, est revenue à l’honneur et donne à  l’exposition un charme  nonpareil.

Sans les mots, 2016.

Impressions, etc., 2016.

Au coeur, 2016.

A la marge, 2016


Exposition présentée jusqu'au 15 avril 2017 à l'Usine Utopik, à Tessy Bocage (Tessy-sur-Vire).

08/10/2016

Collages électriques


Bruno Sourdin: "Vous êtes poète?", collage 2013.

Bruno Sourdin: "Le corbeau de Vancouver", collage 2012.


Bruno Sourdin: "Le temps des grâces", collage 2011.



Bruno Sourdin: "Une rose pour Fukushima", collage 2011.

Bruno Sourdin: "Boy, you're going to carry that weight a long time", collage 2011.


Bruno Sourdin: "Je suis heureux mais qui suis-je?", collage 2009.


Bruno Sourdin: "WTC 9/11", collage 2004.


Bruno Sourdin: "Qui va s'emparer de l'univers?", collage 1998.

07/09/2016

Chiures de mouches au plafond




















"Des haïkus beaucoup moins formalistes que dans la poésie japonaise. Il s’agit là de la vie même, qu’il faut alpaguer au passage, dans le filet des mots. Il s’agit aussi des quatre saisons, qui sont cinq, esquissées à grands traits, entre cette douce paresse qui revient souvent et la marche avec sac à dos. Depuis le moineau du soir, en passant par les éclairs de chaleur, les parapluie retournés de l’automne, jusqu’à la pluie d’hiver. Très souvent le poème zoome, partant du monde pour arriver au poète." 
(Après-lire de Guy Allix)