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26/05/2026

A Orval, le bonheur est dans le papier peint

Sandy Cloupeau vit et travaille à Sourdeval, dans la Manche

 

« Dans mon travail, j’ai toujours voulu mettre en avant la nature, la finesse, la fragilité du vivant. » 

 

Le travail que Sandy Cloupeau propose au Bouillons Kub est à la fois sensible et provocateur. Intitulée « Émergences », cette installation emprunte à la fois la technique du papier peint et celle des livres pop-up, ces livres dont les enfants raffolent et qui font surgir des images en relief au sein même des pages.

 

  


 

« Elle développe une œuvre qui brouille les frontières entre art décoratif et art plastique », souligne André (son nom d’artiste), le fondateur du Bouillons Kub, cette étonnante et stimulante salle d’art contemporain installée à Orval-sur-Sienne (près de Coutances) en pleine campagne.

 

Sandy Cloupeau travaille beaucoup sur le motif, dans la tradition développée en Angleterre au XIXe siècle par William Morris, peintre, architecte et écrivain engagé, membre de la Confrérie préraphaélite et personnage-clé des arts décoratifs anglais. Il a réalisé de nombreux motifs pour papiers peints. Une œuvre particulièrement inspirante, qui reste assez mal connue en France, malgré la très belle exposition de 2022 au musée La Piscine de Roubaix. En réaction contre la révolution industrielle de l’époque victorienne, Morris prônait un retour à la campagne et encourageait l’expérience d’ateliers collectifs. Il a été un des premiers artistes à abolir la frontière entre beaux-arts et arts appliqués. Il apparait aujourd’hui comme un artiste parfaitement d’actualité.

 

Les compositions de Sandy Cloupeau mettent en scène le corps humain, le plaisir charnel, avec une jubilation profonde. « Ses papiers peints, loin d’être de simples ornements, deviennent des surfaces vivantes où prolifèrent motifs organiques et symboliques, précise André. Elle célèbre la sensualité et la vitalité du vivant face aux dérives de la technoscience et à la dématérialisation du monde. »







« Sandy Cloupeau travaille le dessin, explique André.Tout est dessiné à la main au départ, puis elle fait appel à la numérisation pour faciliter l’exploitation de ses images. » Ensuite la plasticienne ajoute le procédé du pop-up, le spectateur est alors « confronté à une oeuvre en expansion ».

« Par le biais du pop-up, j’ai voulu faire émerger ces motifs, confirme-t-elle. Il y a le côté un peu ludique. On est fasciné par ce papier qui va prendre forme et émerger.»


Émergences, un hymne tourbillonnant à la vie. 


Bruno SOURDIN.


Le Bouillons Kub est à la fois un espace d’exposition dédié à l’art contemporain et un réseau d’artistes. « Émergences » est la 52e exposition accueillie par l’association Arsor. 

Bouillons Kub, 7 rue des Mares, 50660 Orval-sur-Sienne.

Contact: arsorandre@gmail.com






09/12/2024

La forêt est un corps et le corps est une forêt

 

Isabel Pérez del Pulgar

Isabel Pérez del Pulgar est une artiste plasticienne espagnole, qui vit et travaille depuis dix ans en Bretagne, à Douarnenez. Après un long parcours dans la recherche picturale, elle se rend compte qu’avec la peinture, il lui manque quelque chose. En 2000, elle découvre la vidéo, et elle commence alors à explorer ce médium qui ouvre tant de champs d’expression. « La vidéo c’est mon truc ! » Ce sera son moyen de travail privilégié.


"Nous sommes forêt"

Sa dernière vidéo est intitulée: « Nous sommes forêt. » Isabel Pérez del Pulgar fait une analogie entre le corps humain et la forêt. Elle compare en effet les cellules nerveuses de l’homme au mycélium, cet ensemble de filaments souterrains ramifiés qui forment la partie végétative des champignons. « On peut parler d’une similitude de structure et de comportement entre les mycéliums, le cerveau humain et la façon dont Internet est conçu », souligne-t-elle.  Autrement dit: « La forêt est un corps et le corps est une forêt ».


L’installation qu’elle a présenté en novembre et décembre à « Bouillons Kub », à Orval, dans la Manche (1), est une étonnante oeuvre pluridisciplinaire. Le travail de la vidéaste est vraiment fascinant. Il tient à la fois de la performance, de l’assemblage d’objets ramassés dans la nature, de l’installation, de l’enregistrement de sons dans la forêt, de musique électroacoustique et de poignantes scènes de danse. C’est une oeuvre totale, onirique et intimiste, fantastique et singulière, qui dit la fragilité de nos existences mais aussi notre force invisible. Dans cette vidéo, comme toujours, l'artiste se met en scène. « Mon propre corps articule l’espace. » 








Dans la construction de l’exposition, elle a repris, sur une grande table, l’idée des cabinets de curiosités, « avec l’intention de créer un microcosme ».

 








 

 


 

 


 

La vidéo, de huit minutes trente, se répète en boucle sur le mur. « Dans un enchevêtrement de branches,  Isabel Pérez del Pulgar danse, voire elle lutte ou se débat », explique André dans son journal de « Bouillons Kub ». On la voit allongée sur un lit de feuilles mortes et on peut assister « au commencement de sa lente métamorphose de chrysalide à papillon de nuit ». « La phase la plus troublante à mes yeux, poursuit André, est celle où les deux femmes en noir sont associées à deux pierres blanches. Leur forme évoque à la fois le galet et l’oeuf. Elles sont animées par un battement, tel un coeur. »

 

 




La pierre respire. Le paysage respire, il est vivant, il est en train de se réveiller. La forêt respire, elle est vivante. Nous sommes vivants nous aussi. Nous respirons. Nous sommes forêt.



Bruno SOURDIN.


  1. Bouillons Kub, un lieu d’exposition d’art contemporain, à Orval-sur-Sienne, près de Coutances (50). 

https://www.bouillonskub.com


28/11/2021

" Salir les murs. Salir le blanc "

 

Claude Audouard, en lumière ultraviolette.                                        (Photo Ouest-France)

C’est une pièce toute simple, aux murs peints en blanc. Un cube. Vide. Au plafond, quatre néons. Lumière blanche.

Tout de suite on pense à Yves Klein et à son apologie du vide. Rien à voir que le vide. Un espace immatériel qui a tant fasciné dans les années 1970. Une apothéose de l’art conceptuel.


Dans une galerie aux murs totalement blancs, aux Bouillons Kub d’Orval (1) où il présente une exposition interactive, Claude Audouard fait se télescoper deux personnalités irlandaises des années 1970. D’un côté, l’artiste Brian O’Doherty, qui a conceptualisé le principe de white cube, « à savoir que la blancheur et l’espace cubique constituent un standard universel pour exposer des œuvres d’art ». De l’autre, Bobby Sands et les prisonniers républicains nord-irlandais qui avaient décidé de se laisser mourir de faim à Belfast pour tenter d’obtenir le statut de prisonniers politiques. Enveloppés d’une unique couverture, ils avaient refusé toute nourriture jusqu’à la mort. Thatcher est toujours restée inflexible. Bobby Sands était mort le 1er mars 1981 après 66 jours de grève de la faim. Pour exprimer ses revendications et dénoncer des conditions de détention inhumaines, Bobby Sands avait souillé, chaque jour, les murs de sa geôle avec ses excréments.


Dans la galerie d’Orval, le visiteur est appelé à salir les murs. Comment cela?  La galerie semble entièrement blanche. Des morceaux de craie blanches sont mis à sa disposition pour qu’il salisse le blanc des murs, qu’il les couvre de signes, de traces, de mots. 


A la lumière blanche, on ne voit rien. En revanche, lorsque l’on passe en lumière ultraviolette, les dessins et les mots inscrits sur les murs apparaissent.


« Ce travail, qui s’inscrit dans la droite ligne de l’art conceptuel, appelle à s’interroger sur la représentation de l’espace et de ses normes, souligne Claude Audouard. Un espace institutionnel, la galerie, pour l’un; un espace carcéral, la cellule, pour l’autre. Ces espaces, bien qu’ils semblent très nettement différents, partagent des valeurs: la notion de pureté et de purification, l’isolement entre intérieur et extérieur, la maîtrise et le contrôle de l’espace ainsi que de l’individu. »


Salir les murs. Salir le blanc.


Bruno SOURDIN.


  1. Bouillons Kub, 7, rue des Mares, Orval-sur-Sienne, dans la Manche. Exposition « Salir le white », novembre et décembre 2021.



Pendant la durée de l’exposition, trois oeuvres anciennes de Claude Audouard sont également présentées à la salle de la mairie du village. Des oeuvres des années 1970, à l’époque où l’artiste du Nord-Cotentin mettait en scène des icônes de la société de consommation: Vache qui rit érotique, goutte d’essence Esso, « Art en Rose »… Les expositions de Claude Audouard sont fort rares. Profitons-en.