06/07/2014

Dave Cunliffe

Les deux heures où Dieu a été assassiné

A quatre heures elle pénétra dans le cerveau de Dieu
& s'embrouilla sans réfléchir dans ses marécages
emberlificotés jusqu'à ce qu'elle parvienne à une clairière
où se réfléchissait l'image
de tout ce qui était vraiment arrivé
à tout le monde partout dans le temps et l'espace.

Nous avons tous bien pigé il y a longtemps
qu'il n'y avait pas de réponse définitive
ni de conceptions antérieures des choses mais seulement
une frénésie sauvage et inconnue
dans laquelle même les anarchistes ne sont pas dans leur élément.

A cinq heures elle entassa ses vêtements
& mit le feu
à la masse sombre de Dieu ce qui illumina
l'univers d'un feu de joie ardent
& couvrit de cendres les planètes et les étoiles.

Quelques-uns d'entre nous pensons que Bouddha
fait obstacle au bouddhisme qu'il eût mieux valu
ne jamais imaginer les dieux
que les rois les dirigeants les gourous et les chefs
ne sont rien que des plaques de prisons.

A six heures elle vit distinctement et directement
une myriade de choses vivantes manifester
leur joie et leur libération à la surface
d'un monde qui n'avait pas vraiment changé

sauf certaines peaux & écailles qui viennent de tomber et de s'en aller.




En pensant à son suicide

Sur les collines noyées de soleil plus loin que les moutons & la tourbe
un bock à bière dans un vieux sac à dos militaire.

Sa barbe désormais grise ses dents jaunes ou tombées
sa bouche souillée de mauvais vin.

Il y a quatorze ans il s'était marié avec elle pour la vie
& les coups d'ivrogne ont rapidement changé tout ça.

Sur les collines au coucher du soleil comme un héros
de série B mais malheureusement dans le froid pour de vrai.

Retour sur ses gosses ce qu'ils étaient
ce qu'ils deviendront et ce qu'il aurait pu être.

Vieilli baissant pied mais pas encore sevré
de tous ces moments passés à errer et à boire.

Combien fut cruel ce merveilleux paradis
d'où ses enfants désespérés s'enfuirent à jamais.



Traduit par Bruno Sourdin




Dave Cunliffe
Poète britannique. Il s'est fait connaître dans les années 60, à une époque où la folie psychédélique et les hallucinogènes envahirent la puritaine Angleterre. Les Beatles chantaient All you need is love. Dave Cunliffe composa O Come Love These Warring Armies, un poème qui fut un des manifestes du Flower Power londonien et qui fit le tour du monde. Aujourd'hui, il vit dans le Lancashire et édite avec enthousiasme la revue Global Tapestry Journal, qui est le fleuron anglais de la littérature Beat et post-Beat.




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