
6 juin 1944. Jour J à Omaha Beach DR
Bloody Beach
1.
Non je ne veux pas mourir sur cette plage quand toutes les fleuristes de Roanoke dorment parmi les roses et les tulipes en rêvant à la tendresse des vagues sur les galets de Normandie et que dans les rues de Virginie toutes les portes s’ouvrent autour de minuit, non je n’ai pas passé le temps de brailler et de bavarder sans me soucier de rien, mais je me sens seul alors que tous les souffleurs de jazz collent leur bec sur leur saxophone et que je revois nos vieilles maisons en bois pleines de mystères, oui j’entends glisser à travers moi les hurlements de la guerre, oui je sais ce que c’est que d’attendre depuis tant de jours le grand frisson quand au loin un goéland nous fait des signes engloutis par la nuit
Non je ne veux pas mourir sur cette plage quand toutes les dactylos
de Roanoke font crépiter leur machine à écrire en rêvant à la caresse des
vagues sur le sable de Normandie et que dans les rues d’Amérique toutes les
fenêtres s’agitent autour de minuit, non je n’ai pas passé le temps de
vadrouiller et de faire encore une grande virée, mais je me sens terrifié alors
que tous les pianistes de jazz de Virginie swinguent avec nonchalance et que je
revois nos vieilles Chevrolet pleines de fureur, et oui j’entends s’élever à
travers moi les rugissements de la guerre, oui je sais ce que c’est que de
guetter depuis tant de jours la pâle éternité quand au loin un huîtrier-pie
nous fait des signes en volant avec les anges
Bruno Sourdin
Poème écrit en 1999, année du 55e anniversaire de la libération de Saint-Lô, ville jumelée avec Roanoke, Virginie, USA. En hommage aux soldats de la 29e Division d'infanterie US qui débarquèrent à Omaha Beach le 6 juin 1944.
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