20/08/2017

Charles Plymell: bagnoles, filles et benzédrine



Alain Jégou, le poète lorientais, le tenait en grande estime et il n’oublia jamais de lui réserver une place de choix dans les ouvrages collectifs qu’il consacrait à ses amis d’Amérique, Kerouac City Blues, Je suis un cut-up vivant… Le plus beau témoignage fut sans conteste le dossier qu’il lui dédia dans Spered Gouez,  la revue de la Bretagne universelle : Charles Plymell,  écrivain de la Beat Generation. Traduits par le poète belge Jean-Marie Flémal, les poèmes de Charley larguaient les amarres.

Du Kansas à San Francisco puis à New York, le poète du Midwest a passé le plus clair de sa jeunesse sur les routes au volant d’une Chevrolet ou dans les boîtes de blues et de jazz et les bars de nuit. Un vrai hipster. Il a chevauché des taureaux et des chevaux indomptés à cru dans des rodéos. Il a bossé avec une équipe de dynamiteurs, fait la récolte du houblon et des pommes, a travaillé sur les docks et tâté de la prison à Wichita. Il a participé à un show de cascadeurs à Holywood (« C’est ma mère qui conduisait »). Il a beaucoup voyagé. Une vie hors normes, qu’il a racontée à Jégou dans cette interview d’anthologie.

Charley est né à Holcomb, un village du Kansas, à proximité de Wichita. Sa famille est originaire de Bretagne (comme celle de Kerouac) et d’Ecosse. Comme il l’a raconté à Alain Jégou, il a aussi  du sang cherokee dans les veines (« Ma grand-mère a connu la Piste des Larmes »). Son grand-père avait un bureau de diligences dans un secteur qui est devenu l’Oklahoma.

Lorsqu’il débarque  à San Francisco en 1961, la ville va connaître un grande bouleversement. Charley y rencontre les poètes de la Beat Generation, vit dans un appartement de Gough Street, où Allen Ginsberg va aussi s’installer. Neal Cassady devient également un ami : « J’avais rencontré Neal Cassady environ un an plus tôt chez une copine. Je l’ai apprécié tout de suite parce que nous avions partagé des styles de vie assez semblables dans les Etats du Centre, à savoir les bagnoles, les filles et la benzédrine. »

Charles Plymell et ses potes en 1963 devant la devanture de la librairie City Lights Books à San Francisco. De gauche à droite: Philip Whalen, Bob Branaman, Anne Buchanan, Allen Ginsberg, Bob Kaufman, Lawrence Ferlinghetti, Alan Russo et Charles Plymell.


Plus tard, lui et sa femme, Pamela (qui est la fille de Mary Beach et la belle-fille de Claude Pélieu), ont été les premiers éditeurs du Zap Comix de Robert Crumb et des bandes dessinées de motards de l’illustrateur underground S. Clay Wilson.

Aujourd’hui, ils vivent à Cherry Valley dans l’Etat de New York. Charley, qui a 82 ans, est un rebelle irréductible, un « hobohémien », comme il aime à se qualifier.

Mais quel éditeur éclairé va enfin se décider à publier en version française les écrits sauvages de Charles Plymell ? The Last of the Moccasins, où il raconte sa folle jeunesse, est un livre culte qui illustre parfaitement, dans un style foisonnant et frénétique, le grand tourbillon de la vie.

Bruno SOURDIN.





Spered Gouez N°15, Dossier Plymell, élaboré par Alain Jégou (Centre culturel breton Egin, Ti ar vro, BP 103, 29833 Carhaix cedex).

Dernière publication en français :
Charles Plymell : Apocalypse Rose, traduit par Jean-Marie Flémal, aux éditions Lenka lente. www.lenkalente.com

Dernières publications aux Etats-Unis :
Camposque virentis. Un superbe petit livre illustré, publié par Cherry Valley Editions  (PO Box 303, Cherry Valley, NY 13320). Charley y raconte la vie de sa mère, Audrey.


The Book of Friends, Scenes from Life on Gough Street, par Glenn Todd, publié par Bottle of Smoke Press (PO Box 66, Wallkill, NY 12589). orders@bospress.net

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