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27/09/2026

Le dialogue inlassable avec les arbres



François David et Antoinette Pham              Photo Ouest-France


Antoinette Pham peint le frémissement des arbres. François David trouve les mots pour l’accompagner, des poèmes empreints de silence et d’harmonie, dans un style proche du haïku.

François David, qui a grandi dans la capitale, a fui Paris à 25 ans (dans les années 1970) pour venir s’établir dans la Hague, près de Cherbourg, où il est devenu professeur de lettres au lycée Millet. Il n’a plus quitté le Cotentin, où il est devenu écrivain et éditeur. Il a tout d’abord créé une revue littéraire sur cassettes, une expérience fort singulière qui a tenu cinq numéros. Ensuite sont venues, en 1988, les éditions Motus, d’abord spécialisées dans la poésie, avant de bifurquer vers le livre de jeunesse.

François David lui-même est l’auteur d’une centaine de livres conçus avec un grand nombre d’illustrateurs. C’est un peu sa marque de fabrique: écrire à partir d’images ou d’illustrations que lui proposent des artistes, peintres ou dessinateurs, des oeuvres qui entrainent chez lui une envie de texte, texte qui n’aurait pas existé sans ce dialogue.

Antoinette Pham                     

Antoinette Pham est une artiste d’origine vietnamienne. Elle travaille dans la tradition de l’encre sur papier de riz, un art ancestral chinois qui remonte au VIe siècle. Sa démarche est nourrie par la pensée orientale, bouddhiste et taoïste. Sa peinture est le reflet de sa manière d’être, « l’art du simple ». « Chaque trait, chaque trace devient un chemin vers la sérénité. »

François David — c’est ainsi qu’il travaille — ne tente pas ici de commenter les images. Ce sont les images qui « déclenchent le texte »  et le texte 
ensuite     qui   « prend sa liberté ».

Antoinette Pham capte à merveille le frémissement des arbres dans leur nudité au milieu des vents qui les entourent. Arbres dénudés. Arbres torturés. Arbres déchirés. Dans sa préface,  la sinologue Yolaine Escande rappelle avec justesse cette pensée du sage taoïste Zhuangzi (Tchouang-tseu): « Le vieil arbre tordu, naturellement inutile, est celui qui vit le plus longtemps, tandis que l’arbre utile est abattu ou transformé en outil. » 

 Les peintures d‘Antoinette sont des concentrations de beauté et d’énergie. Ses arbres sont magnifiquement ridés et tordus. Ils sont écartelés mais bien vivants. Leurs branches caressent les nuages.

B.S.
 

François David et Antoinette Pham: « Et les branches caressent les nuages », éditions Le Voyageur assis, Anneville-en-Saire, 2026. 

  


Et les racines
    quittent la terre
Et les troncs s’envolent
    en balais de sorcières
chevauchant vers le soleil
    Et les branches 
caressent les nuages





Ni bleu azur ni bleu nuit
    juste à la lisière
sous l’écorce de nos corps
délicieusement pressentie
    l’heure bleue




 Sous un arbre penchée
    au-dessus du vide
    la branche placide


 

 

 

04/07/2017

Une île pour exil






Du Mont-Saint-Michel à Cherbourg et de Cherbourg à la baie des Veys, André Jolivet s'est laissé guider par la rumeur éternelle de l'océan. L'archipel de la Manche lui a offert son hospitalité. Chausey, Jersey, Guernesey, Serk, Aurigny, Tatihou: le monde des îles est devenu son asile et son secret. Avec avidité, il  a regardé le flot naître, expirer et renaître. En compagnie des neuf poètes qu'il a convoqués, il s'est laissé envahir par le chant perpétuel et fantasque de la mer.


"Partout le coup d'ongle du lion, partout le coup de pouce du géant", s'émerveillait jadis Victor Hugo dans sa demeure-océan de Guernesey.
On retrouve dans les peintures de Jolivet cette brutalité et ce sublime. Partout l'exil et l'abri. Partout le gouffre et la tempête. Partout la folie et le chaos. 


A Jersey avec André Jolivet.

A Guernesey avec Bruno Geneste.





A Serk avec Bruno Sourdin

A Sercq avec François David.



Au Mont Saint-Michel avec Paul Sanda.


A Tatihou avec Guy Allix.





André Jolivet fabrique des grands petits livres, des "little big books artist", et, pour les réaliser il aime solliciter la compagnie de poètes.
Pour son voyage dans le Cotentin, il a invité neuf auteurs à dialoguer avec lui: Christian Alle, Guy Allix, François David, Michel Besnier, Bruno Geneste, Paul Sanda, Bruno Sourdin, Jean-Claude Touzeil et Hélios Sabaté Beriain.

Ainsi, dans l'intimité du Cotentin, les mots et les images, le verbe et la couleur se confrontent et dialoguent, "sous le sceau de l'amitié".




André Jolivet avec trois de ses auteurs, Guy Allix, Bruno Sourdin et François David, lors du vernissage de son exposition "Le monde des îles" à la bibliothèque de Cherbourg.    (Photo Elisabeth Duclos)



Exposition visible jusqu'au 2 septembre 2017 à Cherbourg-en-Cotentin (à la bibliothèque Jacques-Prévert, le Quasar, esplanade de la Laïcité).