23/03/2014

Fin de journée à Bombay


à Michel Renouard


C’était une fin de journée comme celle-là à Bombay.
La mousson était arrivée
Et le vent passait à travers mes doigts
par la fenêtre étroite.
J’ai commencé à lever les yeux.
On ne voyait plus les vautours tournoyer
au-dessus de la tour du silence.
J’étais seul, claquemuré dans cette piaule,
Buvant mon café parsi, goûtant les cris
d’un frère corbeau.
J’ai fermé la porte à double tour,
Nu sous ma vieille couverture sentant monter
la violence de mon cœur.
Dehors des chiens pataugeaient dans la boue
au pied de la tour.
Je me suis étranglé,
Langue rouge animale rêvant de tendresse,
Et une étoile a brillé tout à coup
par la fenêtre étroite.
Est-ce la mort, me suis-je demandé.
Tout est étrange
Et le vent passait toujours à travers mes doigts.
Oui c’était bien une fin de journée comme celle-là
à Bombay. 

 

(Bruno Sourdin, Hazel, Éditions Les Deux-Siciles, 2005)

 

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