01/12/2013

Du pont Mirabeau au pont d'Austerlitz


Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le pont Mirabeau parmi les mystères de la vie pourrissante
Humant l’air
Reposant mes pieds juste un instant dans le vide
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Suis-je un vieux squelette tombé dans la nef des fous ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le pont Mirabeau
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde
 
Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le pont de Bir-Hakeim figures solitaires dans la puanteur et le bruit
Haletant
Tremblant pour un brin d’herbe au milieu des machines
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Suis-je une étoile amicale dans un autre monde ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le pont de Bir-Hakeim
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde 

Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le pont d’Iéna dans la clameur et les rires de la joie enfantine
Vacillant
Fredonnant les premières notes d’un chorus de jazz
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Suis-je plus réel qu’une fourmi essayant d’oublier ses millions de vies ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le pont d’Iéna
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde 

Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le pont des Invalides monde envolé dans un flot de bombes
Titubant
Clignant des yeux et levant les bras dans le crépuscule
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Que sommes-nous venus faire ici ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le pont des Invalides
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde 

Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le pont Alexandre III au milieu des appels téléphoniques sans voix
Souffrant
Apprenant à supporter ce qui n’a jamais existé
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Pourquoi refuserais-je la mort qui soupire dans mon sommeil ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le pont Alexandre III
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde 

Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le pont des Arts terrain de jeu des cœurs brisés
Clopinant
Me frappant la tête sur le trottoir hanté
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Où puis-je m’échapper pour la dernière fois ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le pont des Arts
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde 

Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le Pont-Neuf dans une immobilité trompeuse souffle coupé pour toujours
Frissonnant
Revenant parmi les humains les larmes aux yeux
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Suis-je prêt à mourir dans ce trou noir qui n’a jamais existé ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le Pont-Neuf
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde 

Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le pont Saint-Michel à la recherche du cri des ambulances poétiques
Flottant
Soupirant parmi la foule effrayée dans la lumière des péniches
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Suis-je vraiment devant le miroir famélique de l’univers ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le pont Saint-Michel
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde 

Je me souviens d’un souffle étrange
Sur le pont d’Austerlitz dans un monde d’une paix inouïe
Guettant une présence
Regardant au ciel les nuages multipliés à l’infini
Poitrine nue
Posant de furieuses questions
Suis-je vraiment dans la geôle secrète de Paris sur les rives du sommeil ?
Un souffle étrange et douloureux
Sur le pont d’Austerlitz
Regardant un bateau disparaître dans le cœur vide du monde
 
Bruno Sourdin
(L'Air de la route)

 

 

 

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